Chronique Un été sur le magnifique de Patrice Pluyette

VÉROT NOÉMIE, Librairie LUCIOLES, Vienne

Du roman d’amour classique et sensuel au roman pornographique et déjanté, il n’y avait qu’un pas… que Patrice Pluyette franchit allègrement, brillamment, en mettant en scène la douce histoire d’Angélique et Hercule.

Tout avait bien commencé. Angélique, fille du comte de Féval, rencontre Hercule, garçon de ferme bien bâti à la santé de fer : « un homme parfait, belle âme, belle gueule, petit cul serré dans salopette. » Une rencontre digne de ces merveilleux romans d’amour dans lesquels deux âmes solitaires s’éprennent l’une de l’autre après s’être reconnues, et vivent d’amour et d’eau fraîche – la formule fonctionne ici au propre, puisque c’est effectivement en secouant les branches qu’Hercule fait couler directement, « par un ingénieux système de canalisation, de l’eau fraîche dans la gorge pure et blanche d’Angélique ». Voilà un roman d’amour pris au pied de la lettre ! Mais tout bascule le jour où Patricia, bombe sexuelle californienne et ancienne star du porno, entre en scène. Car « de l’art et la manière de faire bander les mecs, Patricia s’y connaît ! » Et voilà notre héros au cœur pur sur le point de perdre toute innocence et toute retenue. Après la Traversée du Mozambique par temps calme (2008) où il se jouait des codes du roman d’aventure avec humour et brio, Patrice Pluyette récidive en construisant un roman où l’amour est sans cesse au bord de basculer dans la pornographique (et inversement), un roman complètement décalé et farfelu. La belle et mièvre histoire d’amour se transforme bientôt en furieuses orgies échangistes, en partouses incroyables que l’auteur semble prendre un malin plaisir à décrire par le menu. Il faut dire qu’Angélique travaille « au démantèlement du canonique cunni pipe sodomie, qui est au sexe ce que le sujet verbe complément est à la phrase : un ordonnancement fondamental néanmoins ajustable. » Patrice Pluyette est un équilibriste. Le roman tient sur la relation ludique et jouissive que l’auteur entretient avec la langue. Il enfile les jeux de mots saugrenus comme des perles et se livre à des énumérations insensées et loufoques. Mais ce roman n’est pas que fantaisiste, au contraire. En creux se dessine une réflexion sur la société actuelle, l’individualisme, la pornographie, le plaisir. Ce livre est la poursuite d’une utopie entamée avec Blanche (2006), celle de la recherche du bonheur quand on devient père, quand on tombe amoureux… quand on est homme, tout simplement.


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