Dossier Il y a un an, Hiroshima de Hisashi Tohara

  • Hisashi Tohara
  • Traduit du japonais par Rose-Marie Makino
  • Coll. «Coll. « Arléa Poche »»
  • Arléa
  • 01/03/2012
  • 64 p., 5 €

Par Caroline Clément, Librairie Coiffard, Nantes

La littérature japonaise connaît un engouement mondial sans précédent. Une génération foisonnante d’écrivains voit le jour, avec pour chef de file un certain Haruki Murakami, dont l’œuvre consacre l’universalisme des lettres nippones. Un an après Fukushima, le Salon du livre 2012 se penche sur ces nouveaux auteurs. Panorama.

En 1906, alors que le Japon s’industrialise et s’ouvre à l’Occident, paraît un texte aussi bref qu’excellent. Son auteur, Kakuzô Okakura, l’a rédigé en anglais. Ce sont des lignes qu’il nous adresse, à nous, Occidentaux ; un condensé de culture japonaise intitulé Le Livre du thé. L’homme est habile et subtil. Il prend son lecteur par la main, l’introduit à la compréhension de la conception asiatique de la vie et de l’art, tant et si bien que son traité traverse le xxe siècle et constitue encore aujourd’hui un petit joyau de la littérature nippone. Le Livre du thé préfigure un mouvement d’occidentalisation qui n’aura de cesse, dès lors, de se développer.

Nous sommes en 2012. Haruki Murakami est probablement le plus connu et le plus lu des auteurs japonais. Le succès de ses romans est international ; sa renommée planétaire. Son œuvre est traduite aux quatre coins du monde et « si la liste de ses ouvrages continue de s’allonger, une dizaine de ses livres ont atteint le million d’exemplaires », déclare Mariko Ozaki, journaliste et critique littéraire, dans Écrire au Japon, Le roman japonais depuis les années 1980 (Philippe Picquier). Après La Course au mouton sauvage, La Ballade de l’impossible, Chroniques de l’oiseau à ressort, Kafka sur le rivage... jusqu’au dernier opus de sa trilogie 1Q84 (Belfond), l’accueil toujours aussi enthousiaste des lecteurs est éloquent. Mais ne nous y trompons pas. Si la notoriété d’un tel auteur traverse les frontières au point d’avoir frôlé, en 2011, l’obtention du prix Nobel de littérature (Yasunari Kawabata a été primé en 1968, Kenzaburo Ôe en 1994), c’est que son œuvre s’inscrit dans une histoire littéraire sans pareil. Murakami serait à la croisée des chemins. Héritier direct de Kenzaburo Ôe – prestigieux invité du Salon du livre (Gallimard réédite pour l’occasion son premier texte paru en 1958, Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants ) –, Haruki Murakami évolue en chef de file des auteurs de sa génération. Convaincu de la responsabilité des écrivains et du rôle qu’ils doivent jouer dans la société, il aura contribué, avec Banana Yoshimoto (Kitchen, Gallimard), à faire basculer la littérature vers une écriture de l’oral. Fortement imprégnée de la culture pop occidentale, cette génération éloigne le lectorat d’une littérature de l’après-guerre très profondément marquée par le désastre d’Hiroshima et permet à des auteurs de tous horizons (musiciens de rock, cinéastes...) de s’exprimer au sujet de la société.

La production des années 1980, ventilée par des centaines de revues, est immense. La traduction, indigente encore quelques années plus tôt – à l’exception notable des livres du trio Kawabata, Tanizaki et Mishima –, offre aujourd’hui l’embarras du choix. « La part du japonais dans les traductions en français est actuellement en progression. De 8,3 % en 2009, elle est passée à 10 % en 2010, mais neuf traductions sur dix concernent le manga. » « La littérature japonaise suscite actuellement dans le monde un intérêt qu’elle n’avait encore jamais connu. Leurs romans sont lus sans difficultés », confirme Mariko Osaki dans son précieux essai, qui reprend les filiations, décrypte les mouvements, détaille les thèmes.

Hideo Furukawa (Alors Belka, tu n’aboies plus ?, Philippe Picquier), Toshiyuki Horie (Le Pavé de l’ours, Gallimard), Keiichiro Hirano (La Dernière Métamorphose, Philippe Picquier), ou encore Risa Wataya (Install, Philippe Picquier), Hitonari Tsuji (Dalhia, Seuil), Shuichi Yoshida (Le Mauvais, Philippe Picquier), Kôtarô Isaka (Pierrot-la-gravité, Philippe Picquier), Mieko Kawakami (Seins et Œufs, Actes Sud), sont quelques-uns des auteurs dont les noms comptent déjà beaucoup sur la scène littéraire, même si la France est plus familière à ce jour d’un Murakami Ryu, écrivain d’une société sombre et désespérante (Les Bébés de la consigne automatique, Philippe Picquier) ou d’une Yoko Ogawa dont les romans et nouvelles sont autant d’explorations de l’absence, de l’obsession, de l’émotion enfouie (Les Lectures des otages, Actes Sud).

Reste à savoir comment les auteurs japonais, touchés par le désastre de Fukushima, vont penser l’avenir. Quel « après-Fukushima » imprégnera leurs pages ? Quel monde nouveau surgira de leurs romans ? Quelles réponses littéraires à ces catastrophes qui ébranlent la péninsule et son peuple ? Ryoko Sekiguchi est l’un des auteurs à avoir très vite pris la plume à ce sujet, comme une urgence, avec Ce n’est pas un hasard, POL. Et une question revient, lancinante : « Pourquoi cette tentation de superposer les images, celles de Hiroshima et celles de Fukushima ? » Littérature moderne et post-moderne se conjuguent avec l’histoire du pays, et cette dernière est plus présente que jamais. Un texte bref et ô combien précieux nous parvient cette année, soixante-sept ans après Hiroshima, grâce aux éditions Arléa : le récit d’une journée démentielle vécue par un jeune qui avait alors 19 ans un certain 6 août 1945 (Il y a un an Hiroshima, Arléa).

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