Entretien Lettres de mon hélicoptêtre de Clémentine Beauvais

Valeria Demuyt Librairie À titre d’aile (Lyon)

Les Petites Reines est un roman plein de bonne humeur dans lequel trois jeunes filles venant d’être élues « Boudins du collège » accomplissent un périple à vélo entre Bourg-en-Bresse et Paris. Clémentine Beauvais publie également un roman à destination des 8-12 ans dans la collection « Pépix », Carambol’ange, et un très bel album épistolaire Lettres de mon hélicoptêtre. Rencontre avec une auteure aux multiples facettes.

Page — Votre premier roman, Comme des images (2014), édité dans la collection « Exprim’ » des éditions Sarbacane, a été très remarqué en raison de la manière dont il aborde les dérives des réseaux sociaux chez les adolescents d’aujourd’hui. Avec Les Petites Reines, vous osez un genre radicalement différent, la comédie. D’où vous est venue cette idée de road trip cycliste ?
Clémentine Beauvais — Je crois que je voulais écrire une histoire avec beaucoup de descriptions de nourriture absolument éhontées, parce qu’on a tous bavé devant la description du festin dans L’Assommoir, ou des banquets dans Harry Potter. Du coup, il a fallu construire une intrigue autour de cette idée de départ. Et quoi de mieux qu’une intrigue avec des jeunes filles qui mordent la vie à pleines dents ? Quant au vélo, c’était un choix très naturel, car je suis une grande cycliste. Non, je plaisante, je déteste ça. Mais c’était plein de possibilités narratives intéressantes sur les routes de France.

Page — Chez les jeunes, les moqueries au sujet de l’apparence sont toujours d’actualité. Les héroïnes de votre livre ne se laissent pas abattre. Bien au contraire. Qui sont Mireille, Astrid et Hakima ?
C. B. — Astrid et Hakima sont deux jeunes filles assez timides et mal dans leur peau, contrairement à Mireille qui est une force de la nature et vit ses complexes de manière très différente : énergiquement, avec humour et une bonne dose de courage. Les moqueries et le harcèlement, c’est d’une très grande violence quand on est adolescent. Je voulais montrer cette violence, mais le personnage de Mireille m’a permis de la garder à distance, en évitant la victimisation. Mireille « sauve » Astrid et Hakima du désespoir, mais elles lui apprennent en retour à accepter qu’elle n’est pas seulement une super-héroïne à carapace, qu’elle a des sentiments, elle aussi, et qu’elle a le droit d’être blessée.

Page — Est-ce que cela vous tenait à cœur d’aborder des thèmes tels que la quête d’identité, l’estime de soi, la guerre ou encore la philosophie ?
C. B. — Pas forcément, mais si ces thèmes sont là, c’est qu’il doit y avoir une raison. Ils sont nés des personnages, il me semble. Difficile de parler de jeunes filles complexées sans parler d’estime de soi. Ou de figures paternelles absentes sans quête d’identité. Difficile aussi de parler des expériences des adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui sans se référer à la politique. La vision d’un personnage qui aurait « fait la guerre » récemment mûrissait en moi, depuis ma Journée d’Appel à la Défense, il y a dix ans. On voyait toutes ces images de joyeux soldats faisant de l’humanitaire. On nous a dit qu’on ne participerait probablement pas à de « vrais combats ». Mais les personnes qui se sont engagées ce jour-là ont sans doute livré, depuis, de « vrais combats ».

Page — Votre premier album, Lettres de mon hélicoptêtre, vient de paraître. Vous publiez également Carambol’Ange dans la collection « Pépix » des éditions Sarbacane, à destination des 8-12 ans, qui fête son premier anniversaire. Est-ce que ce fut simple pour vous de changer de registre et de public ?
C. B. — En fait, il y a longtemps que j’écris pour les plus jeunes – j’ai même plus de livres pour les enfants de Primaire que pour les adolescents –, Les Petites Filles top-modèles (Talents hauts, 2010), par exemple, qui marche très bien, ou La Louve (Alice Jeunesse, 2014), que je lis systématiquement quand je fais des rencontres scolaires. Et en Angleterre, je n’écris que pour cette tranche d’âge ! J’ai deux séries pour enfants de Primaire. J’adore ça – en grande partie parce que j’adore rencontrer les lecteurs ; qu’est-ce qu’on rigole à cet âge-là ! Il y a tellement de curiosité et d’ouverture, de plaisir de raconter des histoires, entre le CP et le CM2.

Page — Dans Carambol’Ange, une mamie loufoque et son ange gardien vivent une aventure rocambolesque entre le paradis et l’enfer. Comment avez-vous imaginé cette histoire ?
C. B. — L’un des premiers romans que j’ai écrit, quand j’étais petite, se déroulait dans le ciel, avec des personnages filant entre les nuages sur des tapis volants. Ça remonte à loin. Carambol’Ange est très influencé par les mythes grecs que me racontait mon père. Je voulais mêler iconographie religieuse et mythologie antique, petits chérubins et Cerbère. Quant à Mamie Paulette, elle n’est pas sortie de mon cerveau tout en armure. Au début, ce n’était pas une mamie mais une petite fille de 10 ans. Tibo Bérard, le directeur de la collection, a suggéré qu’on ait une vieille dame à la place. Beaucoup plus marrant et attachant.

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