Chronique L’Étrange Affaire du pantalon de Dassoukine de Fouad Laroui

Par Catherine Mugnier Librairie Imaginaire (Annecy)

S’inspirant des multiples lieux où il a vécu dans son pays natal, le Maroc, Fouad Laroui compose des récits qui oscillent entre comédie et drame, des tranches de vie volées à l’absurdité de la condition humaine. Le recueil de Fouad Laroui est aussi une nouvelle pierre à l’édifice de la littérature francophone.

Le premier livre de Fouad Laraoui est paru en France en 1996. Les lecteurs l’ont plus sûrement découvert lorsqu’il a remporté le prix du Livre Francophone avec un texte qui reste son plus grand succès. Ce roman, Une année chez les Français (Julliard, 2010), largement nourri d’épisodes autobiographiques, mettait en scène un jeune villageois venu des rudes régions montagneuses de l’Atlas, admis au lycée Lyautey de Casablanca. Le lecteur suivait les différentes étapes de l’éveil du personnage à la littérature, au pouvoir des mots et de la pensée, capables de débrouiller les situations les plus complexes. Auteur inspiré, Fouad Laroui publie régulièrement romans, poésie, nouvelles ou articles pour la presse. Si l’on en avait le pouvoir, on se téléporterait volontiers sur la place Djemâ’a el-Fna de Marrakech. Mais ce pouvoir, l’auteur de L’Étrange affaire du pantalon de Dassoukine en est presque pourvu. La puissance d’évocation de sa langue, le rythme de sa phrase, sa verve poétique ont la faculté de recréer autour du lecteur assis dans son fauteuil, les univers qui se déploient dans ses textes. Lesquels, plus proches des contes de Voltaire que des Mille et une nuits, conjuguent humanisme et ironie pour raconter les Marocains, dans leur pays mais aussi dans ceux où les hasards de l’existence les conduit. Dès la première nouvelle, qui donne son titre au volume, le charme de l’écriture irradie. Ce récit aux allures de fable et de métaphore irrésistible sur l’éternel affrontement économique entre le Nord et le Sud, narre la façon dont un vol de pantalon dans une capitale européenne sauve le Maroc d’une famine annoncée. L’auteur est partagé entre le Maroc et l’Occident. C’est ce dont il témoigne en racontant l’histoire d’un homme exilé aux Pays-Bas qui, de retour chez lui auprès de sa femme au terme d’une journée de travail, se demande à quoi ressemblerait un monde où tout serait étranger. Comme l’auteur, le personnage semble porter à la philosophie et à l’art de la méditation un amour sans limite, ce qui le pousse à affirmer que, s’il est marocain de corps, il est français de tête. L’auteur revient au Maroc dans la majorité de ses récits. L’un d’eux est une brillante recomposition de la création de la nation marocaine au fond d’un minable salon de coiffure de Khouribga, bourgade poussiéreuse située à des centaines de kilomètres de Casablanca… L’univers de Fouad Laroui et l’inventivité de son écriture sont un constant hommage à son pays et à son peuple. Mais laissons au lecteur le soin de découvrir par lui-même ce bijou d’humour.

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