Chronique Le Maître des crocodiles de Jean-Denis Pendanx, Stéphane Piatzszek

CARINE DAVID-IMBERT, Librairie Majolire, L'Isle d’Abeau

« Si on détruit les autres espèces vivantes, on se détruit soi-même. Fin de l’histoire, pour tout le monde. » Et si la nature décidait de se venger, l’homme devrait alors faire face à ses responsabilités. Insupportable cruauté ou juste retour des choses ? L’homme serait-il capable de l’accepter ?

Léo est un jeune réalisateur de documentaires passionné, un plongeur émérite et un écologiste militant. Très engagé en matière d’environnement, il se rend durant l’été 1984 dans l’archipel des Banyak, au large de l’île de Sumatra, afin d’y réaliser un nouveau film qui ouvrirait les yeux du monde : en détruisant la nature, c’est lui-même que l’homme détruit ! Accompagné de son ami Bernard et de son épouse Isabelle qui attend leur premier enfant, ils débarquent dans le village de Médan peuplé de pêcheurs… mais aussi d’indépendantistes révolutionnaires. Après un accueil chaleureux des autochtones, l’ambiance se refroidit vite lorsque les sujets de fond sont abordés : protection des espèces, ravages de la pêche intensive sur l’écosystème… Les habitants (en majorité des pêcheurs) ne partagent pas l’avis de Léo, qui défend coûte que coûte l’idée que l’homme n’est pas le centre du monde et doit cesser de s’en accaparer toutes les ressources au détriment de l’environnement et des autres espèces. Un terrible drame vient cependant couper court au débat et au projet documentaire, lorsqu’Isabelle est dévorée par un crocodile géant sous le regard impuissant de Léo et Bernard. Débute alors une traque impitoyable, où Léo, secondé de Bernard et du jeune Sap, se lance à corps perdu à la poursuite du gigantesque reptile. Il projettera toute son énergie et ses dernières forces pour traquer, tuer la bête, et retrouver le corps d’Isabelle. La confrontation avec le monstre se révélera pourtant inattendue, jetant le trouble sur ce besoin éperdu de vengeance qui le ronge. Trente ans plus tard, Léo est de retour en Indonésie. Il n’a désormais plus rien à perdre, mais la revanche attend son heure. Bernard n’est plus là, mais il retrouve Sap. « Le temps est le remède à la colère », dit-on. Léo a pris le temps, et aujourd’hui l’heure est venue… Après le sublime et poétique Tsunami (éditions Futuropolis, prix Littéraire 2015 section BD de la région Rhône-Alpes) des mêmes auteurs, nous voilà de retour sur l’archipel indonésien des Banyak. L’excellent scénario de Stéphane Piatzszek nous plonge au cœur de cette dramatique histoire aux faux airs de Moby Dick : on ne peut rester insensible au désespoir d’un Léo en déroute, tel un Achab perdu entre une culture inconnue proche de l’occultisme et une nature hostile, aveuglé par la douleur et consumé par une soif de vengeance insatiable. Passionné par l’Indonésie où il s’est rendu à plusieurs reprises, Piatzszek a su insuffler à son récit l’authenticité d’un voyage au bout du monde. Et que dire du dessin somptueux de Jean-Denis Pendanx, de ses peintures à l’aquarelle qui restituent à la perfection ces paysages indonésiens saisissants ? L’ambiance, la nature lumineuse et luxuriante, la justesse des couleurs : tout cela nous laisse sans voix, on s’y croirait simplement ! Encore une franche réussite pour le tandem Piatzszek/Pendanx, avec un nouvel album envoûtant et percutant dont on garde un souvenir intense… tout simplement fascinant !

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