Chronique Chicagoland de Fabrice Colin, Sacha Goerg, d’après R.J. Ellory

Carine David-Imbert Librairie Majolire (L’Isle d’Abeau)

« Aux yeux de Dieu, je suis innocent. Mais dans mon cœur, je suis coupable… Je suis profondément, si sincèrement désolé. » Au cœur d’une solide ambiance polar dans l’Amérique de la fin des années 1950, plongez dans un récit choral passionnant et découvrez que la vérité n’est pas toujours celle que l’on croit…

Un crime, une histoire, trois récits différents… À Chicago, une jeune institutrice a été assassinée. Discrète, charmante, « la dernière personne qu’on aurait pu vouloir tuer ». Pas de mystère cependant, car l’affaire est vite résolue : Lewis Woodroffe s’est livré de lui-même aux autorités le jour du drame en avouant sa culpabilité. Après une enquête et un procès rapidement bouclés, la condamnation à mort est prononcée et il est sur le point d’être exécuté devant la sœur de la victime et le policier chargé de l’affaire. L’attente de l’instant fatidique sera l’occasion pour ces trois personnages de revenir sur les circonstances du meurtre de Carole Shaw. Successivement, chacun aborde en toute sincérité son histoire, son vécu et sa perception des événements. Nous sommes alors plongés dans l’intimité de ces trois individus blessés par la vie, qui délivrent le récit sans concessions de leur propre vérité. Maryanne, rongée par la colère, espère consommer sa vengeance en assistant à l’agonie du tueur et être enfin en mesure de faire le deuil de sa sœur assassinée. L’inspecteur Maguire, qui a dirigé l’enquête, est soudain assailli par le doute quant à la culpabilité pourtant apparemment si évidente de Woodroffe. Ce dernier, résigné à son sort, évoquera son enfance et nous confiera finalement sa version des faits. Et si, contre toute attente, tout ne s’était pas passé comme l’évidence le laisse supposer ? Chicagoland, c’est le récit hitchcockien d’un fait divers tragique prenant pour cadre la classe moyenne américaine des années 1950. Ambiance intimiste, personnages forts et destins brisés… tout se conjugue pour faire de cette BD l’un des grands frissons de lecture de cette fin d’année. Tirée d’une trilogie de R. J. Ellory, formidable auteur de thrillers (Seul le silence ou Mauvaise Étoile, pour ne citer qu’eux – l’un et l’autre parus chez Sonatine, m’ont laissé un souvenir impérissable) éditée en format numérique, cette histoire dramatique aborde les thèmes de prédilection de l’écrivain : peinture de la classe moyenne américaine, peine de mort, secrets de famille inavoués, ombre néfaste du père… Le roman est superbement adapté en BD par le talentueux Fabrice Colin au scénario, qui, après avoir collaboré à La Brigade chimérique (L’Atalante) et au terrible Sukkwan Island (Denoël graphic), nous impressionne une fois encore par la justesse de son récit, la maîtrise impeccable de sa narration et la virtuosité des dialogues, tout simplement parfaits. Il est ici secondé avec brio par Sacha Goerg (Le Sourire de Rose, Casterman), dont le dessin donne vie à cette histoire captivante et parvient remarquablement à transcrire les émotions des personnages, notamment grâce aux nuances subtiles des couleurs. Pari réussi, donc, pour cette (merveilleuse) adaptation en BD qui tient toutes ses promesses et parvient à nous plonger dans l’atmosphère si particulière et addictive des romans de R. J. Ellory. Une lecture dont on ne ressort pas indemne. Et un grand classique en devenir pour tous les amateurs de romans, BD et films noirs !

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