Chronique Le Corps des femmes de Laure Adler

Emilie Druilhe Librairie La Flibuste (Fontenay-sous-Bois)

À travers un panorama non exhaustif des représentations de femmes et de leur corps de l'Antiquité jusqu'à nos jours, Laure Adler se propose de déconstruire notre vision du corps de la femme, véritable enjeu de révolution sexuelle et politique de ces dernières années.

L'art est marqué par le féminin, par l'exhibition du corps de la femme. Depuis l'Antiquité, ce corps est représenté sous toutes ses coutures, dans toutes les poses. Qu'elle soit jeune ou vieille, vierge ou mère, sainte ou pécheresse, la femme est un sujet majeur de l'histoire de la peinture occidentale. À travers Le Corps des femmes, Laure Adler tente de transcrire l'évolution du regard porté sur ce corps, un corps d'abord regardé, puis regardant et qui, enfin, se regarde. Elle construit son ouvrage comme un corps propre en étudiant les grands modèles féminins de la Renaissance que sont Ève, Marie, Marie-Madeleine, Vénus ou les déesses à travers des parties de leurs corps : leurs mains, leur sourire, leur chevelure, leur ventre ou leurs fesses. À la fois vierge, mère et docile, mais également dangereuse, pécheresse et indépendante, ces modèles traduisent l'ambivalence des femmes selon les peintres de l'époque, mais également selon la société tout entière. Ces femmes regardées le sont en majorité par des hommes. Il existe peu de femmes peintres à la Renaissance et le regard est essentiellement masculin. Progressivement, avec la révolution réaliste et impressionniste notamment, le regard change et des peintres comme Courbet ou Manet invitent le spectateur à entrer dans l'œuvre, à s'y faire une place grâce aux regards des femmes peintes qui scrutent et défient le regardeur. Mais c'est avec l'entrée et la légitimation des femmes dans les mouvements artistes, grâce notamment à l'apparition des mouvements féministes à partir des années 1970, que le regard se transforme de nouveau selon Laure Adler. Les femmes regardent et se regardent. Frida Kahlo, Cindy Sherman, Louise Bourgeois révolutionnent l'art. Elles tentent de se réapproprier leur corps à travers la peinture, mais aussi la photographie ou la performance. Le corps féminin se réinvente. Il n'est plus sujet, ni objet mais revendication politique et sexuelle. Ce n'est plus le corps féminin qui est au centre du questionnement pour Laure Adler, mais le corps en lui-même. Illustré de reproductions d'œuvres d'art de très bonne qualité, s'étendant parfois sur des doubles pages pleines, l'ouvrage de Laure Adler peut être lu comme un essai d'histoire de l'art sur l'évolution de la représentation du corps féminin de l'Antiquité jusqu'à nos jours, mais également comme un manifeste féministe de rappropriation du corps de la femme. Une belle entrée en matière pour tout amateur d'art ou passionné de féminisme.

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