Entretien La Vie au bout des doigts de Orianne Charpentier

Valeria Demuyt, Récréalivres (72000 Le Mans)

Titre à retrouver en page 42 du mook \"L'actualité des romans\" (Gallimard Jeunesse), supplément du PAGE 167.

La Vie au bout des doigts, c’est l’histoire de Guenièvre, une adolescente courageuse et déterminée qui, entre 1913 et 1918, alors qu’elle est propulsée au cœur de l’horreur de la Première Guerre mondiale, parvient à veiller sur les siens tout en s’initiant au don qui lui a été transmis : guérir du bout des doigts les blessures de ceux qu’elle croise sur son chemin.

Le nouveau roman d’Orianne Charpentier raconte la vie d’une adolescente entre 1913 et 1918. Guenièvre a passé son enfance dans un pensionnat de jeunes filles où elle s’est toujours sentie en décalage par rapport à ses camarades. Les choses changent lorsqu’elle devient amie avec Pauline, qui va lui permettre d’ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure. Elles ont toutes les deux de longues conversations philosophiques, politiques et littéraires qui ravissent Guenièvre. Pendant ce temps, la guerre pointe à l’horizon. La jeune fille doit quitter le pensionnat et rejoindre sa grand-mère dans la Marne, la seule famille qui lui reste. Commence alors une époque difficile pour l’adolescente et ses proches. Guenièvre devra veiller sur les siens et apprendre à se servir de son don si particulier : celui de guérir les autres. L’auteure nous surprend avec un roman historique bouleversant où l’on suit l’évolution fulgurante d’une héroïne forte et attachante.

 

Page — Contrairement à vos précédents livres, La Vie au bout des doigts est un roman historique qui se déroule entre 1913 et 1918. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur cette période ?
Orianne Charpentier — À dire vrai, mon envie première, au moment de commencer La Vie au bout des doigts, ce n’était pas d’écrire un roman historique, ni de parler de la Grande Guerre. J’avais un personnage en tête, que je distinguais très nettement – Guenièvre – et je lui cherchais un décor, une époque où évoluer. C’est donc un peu légèrement que je me suis dis, un soir d’octobre 2012, sur mon canapé, en regardant une série télévisée qui se passait à cette période : « Pourquoi pas 1913 ? ». Je n’imaginais pas, à ce moment-là, dans quelle histoire je m’embarquais !

Page — Au cours de la lecture du livre, on rencontre des protagonistes tels que Sigmund Freud, Pablo Picasso ou Guillaume Apollinaire. Vous faites allusion aux grandes découvertes du XXe siècle, la médecine moderne en particulier. Vous êtes-vous beaucoup documentée ?
O.-C. — Oui. J’ai fait beaucoup de recherches. Et pourtant, je dois avouer qu’au tout début, ce fameux soir où je me suis dit : « 1913 », je n’ai pas pensé une minute que j’allais m’engouffrer dans un tel tunnel de travail. J’ai cru qu’il me suffirait de relire un ou deux vieux livres d’Histoire et que ça irait… Évidemment, je me trompais. J’ai très vite été happée par le sujet : il y avait tant de choses à vérifier et à apprendre ! J’ai beaucoup lu, des récits, des journaux d’époque, des ouvrages d’historiens, des romans, etc. C’était passionnant. Et puis, s’immerger dans la Grande Guerre est une expérience étrange, presque obsédante. À la fin, j’avais l’impression d’être accompagnée en permanence par des fantômes de poilus, dont celui de mon arrière-grand-père à qui j’ai beaucoup pensé en écrivant la seconde partie du roman. Je me sentais le devoir d’être le plus exact possible – mais sans que cela soit fastidieux à lire. J’espérais (c’était un espoir peut-être un peu fou !) que le lecteur se sentirait proche de ce que vivaient mes personnages, qu’il voyagerait dans ce temps comme s’il y était, et non comme si c’était du passé.

Page — Au début, on remarque que l’héroïne, Guenièvre, est une adolescente peu sûre d’elle et mal dans sa peau. Elle évolue peu à peu dans ce contexte très difficile que peut représenter la guerre. Comment vous est venue l’idée de ce personnage énigmatique, au don si particulier ?
O.-C. — Depuis longtemps, j’avais Guenièvre en tête : une jeune fille indéfinissable avec un don inconnu d’elle-même. Elle m’avait été inspirée par une rencontre avec une femme, une guérisseuse, il y a une dizaine d’années. J’avais envie qu’elle ait un prénom de légende, et je trouvais que la saga arthurienne lui allait bien, avec ses fées et ses enchanteurs. Mais tant que je n’avais pas trouvé dans quelle époque l’ancrer, elle restait à l’état de limbe, elle flottait dans mon esprit sans prendre consistance. Le soir où j’ai pensé « 1913 », il m’a semblé que tout prenait sens. Tout ce qu’elle était, tout ce que je devinais en elle (parce que, quand mes personnages surgissent, je n’ai pas l’impression de les créer mais de faire leur connaissance : je les « invente » au sens où l’on invente une grotte, en la découvrant), tout cela commençait à former un parcours. Un parcours en deux parties : avant la déclaration de guerre, avec tout ce bouillonnement d’idées et de découvertes qui caractérisent la Belle Époque, puis pendant la guerre elle-même, cette sorte d’apocalypse durant laquelle Guenièvre se révèle.

Page — Tous les personnages de votre roman sont très aboutis et attachants. Vous êtes-vous inspirée de personnes de votre entourage ou de personnalités en particulier ?
O.-C. — Merci, cela me fait plaisir ! Mais c’est drôle, vous savez, je ne sais jamais trop comment les personnages prennent forme. Bien sûr, je dois m’inspirer de mes proches ou de rencontres, ou encore de lectures que j’ai aimées – Madame Davout, par exemple, est un clin d’œil aux mondaines et demi-mondaines de Proust. Une chose qui me tenait à cœur, c’est qu’ils soient tous susceptibles d’évoluer, de se transformer, comme dans la vraie vie, qu’ils ne soient pas trop figés ni trop définis.

Page — Après avoir écrit un roman historique si dense et si prenant, avez-vous une idée du thème de votre prochain livre ?
O.-C. — En fait, j’ai beaucoup d’idées. Mais malheureusement, chez moi, les idées, ça fait rarement un roman : je ne sais pas pourquoi, je les laisse s’envoler sans tenter de les retenir et de les développer. Alors j’attends. J’attends le prochain personnage et la prochaine histoire qui viendront me visiter… J’attends ma prochaine hantise.

 

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