Littérature étrangère

Peter Heller

Burn

CF

✒ Cyrielle Fayet

(Librairie L'Insomnie, Décines-Charpieu)

Peu de temps après la sortie de l'adaptation cinématographique de la Constellation du chien, Actes Sud nous fait découvrir Burn, un roman de Peter Heller édité aux États-Unis en 2024. C'est l'alliance parfaite entre l'ambiance postapocalyptique de son premier roman et le suspense de La Rivière.

Le plaisir toujours renouvelé de lire Peter Heller, c'est de retrouver les mots d'un grand voyageur. Les premières phrases de Burn sont réservées au lac, aux innombrables étoiles et aux oiseaux de nuit qui entourent ses deux personnages, Jess et Storey. Leur quotidien de chasseurs en bivouac nous est détaillé tout au long de ce court roman et nous pouvons ressentir avec eux jusqu'au froid qui transperce la texture de leur sac de couchage. Mais au cœur de leurs quelques jours de répit dans les forêts du Maine, l'horreur s'offre à leurs yeux. En sortant des bois, ils découvrent une ville en ruine. Grand tas de cendres accroché aux rives du lac, Green Hill est vide. Les voitures ne sont plus que des squelettes calcinés. L'odeur de la mort flotte dans ce qui reste des rues. Alors ils avancent. Ils cherchent quelqu'un qui leur racontera, une explication à ce massacre. Leurs pas ne les poussent que vers la désolation et les rares personnes qu'ils croisent font preuve d'une sauvage hostilité. En filigrane, on devine qu'une guerre civile s'est déclenchée entre des citoyens sécessionnistes et leurs opposants. Leur voyage se transforme en une cavale dans un brouillard inconnu. Nous suivons le chemin de deux amis de toujours, perdus dans la violence qui se manifeste dans toute son absurdité. La place laissée à leur histoire d'amitié est immense et précieuse. Elle est l'humanité qui reste au milieu des cendres. Jess et Storey pensent tout connaître l'un de l'autre mais des secrets persistent entre eux. Même lorsque tout semble avoir disparu, ces liens complexes et sublimes demeurent et influencent leurs actions au milieu du désastre. Voilà toute la force surprenante de ce récit : Peter Heller tient son lectorat en haleine face à la terrible situation de ces deux hommes puis fait surgir brusquement leur passé, par intermittence. Et voilà que leur ancienne vie, leur adolescence et ce qui en a découlé nous font écarquiller les yeux. C'est bouche bée que nous sommes projetés à nouveau dans l'enfer de la guerre. Comme une exquise cerise sur un gâteau déjà excellent, Jess et Storey vont croiser le chemin de quelqu'un. Ce quelqu'un-là ne souhaite pas leur tirer dessus. En dire davantage gâcherait la surprise de ce roman mais cette personne résumera tout le propos de Burn : aimer avant tout, continuer d'avancer vers les autres, abandonner la haine derrière soi.

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