Chronique Allmen et le diamant rose de Martin Suter

Par Romain Cabane, Librairie des Danaïdes, Aix-les-Bains

À la manière de ses confrères de la fin du XIXe siècle (Leroux, Leblanc, Conan Doyle), Martin Suter nous invite à découvrir le second volet de son feuilleton 
policier : Allmen et le diamant rose. Son élégant 
personnage, lancé dans une enquête d’envergure, 
est en passe de se forger une stature internationale.


Détournant sensiblement les codes du genre, Martin Suter nous présentait Johann Friedrich von Allmen dans son précédent roman policier, Allmen et les libellules, publié en format de poche tout récemment. Détective et délicieux personnage de dandy désargenté, croisement entre Arsène Lupin, James Bond, Rouletabille et Sherlock Holmes, il est lui-même toujours secondé par le fidèle Watson, reconverti en jardinier majordome guatémaltèque aux réparties latines et répondant désormais au prénom de Carlos. Dans ce nouvel opus, sa réussite lors de sa dernière enquête n’a pas changé son train de vie : Allmen habite toujours la maison du jardinier et sa bibliothèque reste installée dans la serre. Alors qu’il se trouve de nouveau à court d’argent, proposition lui est faite de mettre la main sur une somme faramineuse s’il retrouve un diamant rose dérobé tout récemment lors d’une soirée privée. La nouvelle tombe à point nommé et, si l’affaire paraît grosse, Allmen International Inquiries (parce que ça en jette) n’en est plus à son coup d’essai. Collectionneur d’art, lecteur averti et homme d’habitudes, « J.F.v.A », comme il est gravé sur ses valises, sait mettre certains de ses principes en veilleuse pour les besoins du métier – et de son confort personnel. Ainsi n’hésite-t-il pas à faire passer des entretiens d’embauche à des femmes de chambre uniquement pour avoir le loisir de les interroger tranquillement, ou à se déclarer faussement acquéreur d’une villa pour l’explorer plus à son aise. Secondé par Carlos, il se lance à la poursuite du voleur, ce qui l’éloignera quelque peu de son monde huppé : il finira d’ailleurs par fréquenter des boîtes de nuit pas très classes. Parti sur les traces d’un homme énigmatique du nom de Sokolov, son enquête le conduira sur les bords de la Baltique dans une station balnéaire à l’ambiance franchement surannée, que la présence de ressortissants russes nimbera d’une atmosphère très « mer Noire » : Sotchi et ses palaces dans l’entre-deux-guerres… C’est à ce point de la narration que l’histoire bascule dans notre monde actuel, comme si elle brisait le miroir. Allmen International Inquiries et son principal enquêteur sont alors propulsés dans l’informatique de pointe et la finance mondiale, les techniques de spéculation, les combines pas bien claires et les sympathiques confrontations avec des hommes de main. C’est là qu’il entamera son véritable travail, c’est là aussi que se niche toute l’habileté de Martin Suter. Une fois encore, les puissants de ce monde n’en sortent pas grandis. 


Une remarque futile avant d’en terminer : la couverture, au regard du style et de la forme adoptés par l’auteur, en dit beaucoup sur le roman qui s’appuie sur le principe en vogue du neuf inspiré par l’ancien. Un livre assez fin, dans les deux sens du terme, réjouissant parce que l’on y trouve derechef et avec plaisir les personnages de la première aventure, élégant comme la plupart des productions de l’auteur suisse. 


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