Dossier Academy street de Mary Costello

  • Mary Costello
  • Traduit de l’anglais (Irlande) par Madeleine Nasalik
  • Coll. «Coll. « Cadre vert »»
  • Seuil
  • 05/03/2015
  • 192 p., 18.50 €
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Agathe Guillaume Librairie Millepages (Vincennes)

Les écrivains irlandais entretiennent un rapport ambigu avec leur terre. Hugo Hamilton, Mary Costello et Donal Ryan nous prouvent combien leur attachement à celle-ci est fort, mais aussi qu’il est parfois nécessaire de la quitter pour mieux l’aimer. Ces trois textes se rassemblent autour de la sphère de l’intime, explorée en profondeur avec un parti pris résolument humaniste.

Ode aux souvenirs Inspiré par sa relation avec la grande romancière Nuala O’ Faolain (éditée en France par Sabine Wespieser), disparue en 2008, Hugo Hamilton parcourt un ultime voyage et reconstitue la mémoire d’une vie et d’une ville. Una est malade et condamnée : son dernier souhait: faire un voyage à Berlin avec son ami de longue date, Liam. Cela va leur permettre de se confier totalement, de se révéler des choses qu’ils n’ont jamais pu se dire. À travers ce périple, c’est le portrait en creux d’une femme indépendante et passionnée. La complicité qui unit ces deux êtres et l’attention que porte Liam à Una sont d’une infinie tendresse. Ainsi, ces derniers moments qui pourraient être lugubres sont pleins de vie. Une douce musique, certes empreinte de mélancolie mais aussi d’une très grande justesse, envahit le lecteur. Hugo Hamilton nous offre de très belles pages sur le sentiment de tristesse, la peur de la mort ainsi que le poids du passé de la famille. Un voyage à Berlin est surtout un roman sur l’amitié et la mémoire. Il rassemble un florilège de souvenirs et d’anecdotes où la fiction permet d’analyser les faits avec justesse. C’est également un formidable hommage que l’auteur offre à son amie dans une langue touchante qui ne dit que l’essentiel. Mary Costello dresse, elle aussi, le portrait d’une femme. Celle d’une vie sur le fil, d’une grande fragilité. Ce premier roman revisite la position de l’immigrant irlandais à New York avec grâce et sensibilité. Tess grandit dans la grande propriété de sa famille. Ouest de l’Irlande, années 1940. Le destin de la petite fille bascule lorsque, à l’âge de 7 ans, sa mère meurt de la tuberculose. Même si les liens avec sa fratrie sont particulièrement forts, la figure paternelle plane de façon un peu trop pesante sur ce foyer. Ses enfants, comme bon nombre d’Irlandais, vont immigrer et se tourner naturellement vers le rêve américain. À sa majorité, une nouvelle vie s’offre à Tess, qui devient infirmière à New York. Elle donnera également le jour à un petit garçon à la suite d’une histoire d’amour furtive et inassouvie. Entre incompréhensions et déceptions, le parcours de cette femme dans l’adversité est véritablement touchant, comme si celle-ci était finalement passée à côté de sa vie, incapable de maîtriser son cours et marquée par la solitude. Avec une intrigue assez classique, Academy Street se révèle un roman subtil d’une très grande délicatesse. La chorale irlandaise de Donal Ryan est également pleine d’empathie pour ses personnages. Il s’agit, comme pour le titre précédent, de romans sur des « petites tragédies » qui touchent à l’universel. Avec ce premier roman polyphonique, Donal Ryan nous plonge dans la réalité sociale de l’Irlande rurale. Le discret Bobby Mahon est un homme respecté et apprécié, un peu différent des autres villageois plus rustres. Il sera le personnage central de ce roman autour duquel vont s’articuler vingt et une autres voix. Poker Burke, l’entrepreneur local qui emploie Bobby et la plupart des autres habitants, a fui après les avoir escroqués. La colère et l’amertume grandissent dans cette communauté qui connaît une véritable crise. Au milieu de ce désastre humain se tissent les histoires singulières de chacun. Comment le cours tranquille de cette petite ville va-t-il s’emballer ? Avec quelles conséquences ? Il y a de l’âpreté dans l’écriture de Donal Ryan, qui n’a recours à aucune fioriture lorsqu’il explore la nature humaine. Sans jugement, la perspective de chacun y est dépeinte pour donner une vue d’ensemble de cette population troublée. Il y questionne les rapports humains avec toute la violence qu’ils peuvent comporter. Il navigue ainsi entre ombres et lumières afin d’explorer les mécanismes de la lâcheté, de la culpabilité, mais aussi de l’amour. Un projet ambitieux qui évoque les romanciers du sud des États-Unis.

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