Essais

Constance Vilanova

Vivre pour les caméras

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Chronique de Christelle Chandanson

Librairie Elkar (Bayonne)

Loin d’être tombée dans l’oubli, la téléréalité existe toujours et infuse encore notre société. En amatrice éclairée, Constance Vilanova en a fait son sujet d’enquête et décrypte le phénomène et ses dérivés.

La téléréalité a connu ses années d’or dans les années 2000. Alors qu’elle a à peine 10 ans, Constance Vilanova regarde en cachette Le Bachelor. Le genre est jugé populaire et abrutissant, pourtant elle suivra de nombreuses autres émissions du même acabit. Devenue journaliste, elle constate que, toujours méprisés, ces programmes sont sortis des radars médiatiques et du débat public. Néanmoins, ces émissions ont toujours un public et influence notre jeunesse en montrant des images scénarisées qui façonnent une nouvelle esthétique. De son regard affûté et critique, l’autrice explore avec humour les mécanismes sociaux et psychologiques de la téléréalité et de son influence sur la société. Constance Vilanova nous livre ses conclusions implacables : ces programmes banalisent le harcèlement, l’hypersexualisation des corps (et avec, la chirurgie esthétique à l’extrême), la romantisation des divers rapports de domination et leurs pires conséquences (violences sexistes, clashs). Or aujourd’hui, le principe de se mettre en scène au naturel est sorti du petit écran. Les codes de la téléréalité sont utilisés sur les réseaux sociaux, autant par les influenceurs que par le monde politique. Même si le mouvement MeToo est passé par là, la téléréalité et les vidéos intimes de life style montrent encore une vision sexiste du couple. En questionnant notre addiction à ces programmes devenus transmédias, on s’inquiète qu’ils poursuivent les schémas patriarcaux et la glamourisation des relations toxiques. Loin de faire progresser l’émancipation des femmes, les participantes se plient au système, contraintes par un scénario et si elles s’éloignent de la mise en scène attendue, elles sont censurées par la production. Une mise en lumière nécessaire pour déconstruire cette vision stéréotypée des rapports femmes-hommes.

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