Littérature étrangère
Monica Acito
Uvaspina
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Monica Acito
Uvaspina
Traduit de l'italien par Laura Brignon
10/18
08/01/2026
452 pages, 9,50 €
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Chronique de
Anne Canoville
Librairie L'Astrolabe (Rennes) - ❤ Lu et conseillé par 19 libraire(s)
✒ Anne Canoville
(Librairie L'Astrolabe, Rennes)
Dans ce remarquable premier roman, Monica Acito déjoue les clichés sur la littérature d’Italie du Sud et sur la ville de Naples. Son écriture, pleine de verve et de passion, emporte tout sur son passage.
On l’appelle ainsi à cause de la pâleur de sa peau, comparable à celle d’une groseille : Uvaspina est un jeune garçon à la beauté diaphane qui suscite depuis son enfance jalousie et moqueries. Son surnom semble le prédestiner à se voir presser comme un fruit, martyriser pour soulager les maux des autres. Raillé par ses camarades et traité de « femminiello » - une créature métamorphe vénérée par les Napolitains -, il grandit dans une famille dysfonctionnelle que le roman nous dépeint en des scènes inoubliables : la mère, une ancienne pleureuse d’enterrements délaissée par un mari fuyant, entraîne son petit monde dans un perpétuel tourbillon d'exubérance et de pathos ; le père, lui, déteste son fils ; quant à Minuccia, la petite sœur, elle voue à son frère des sentiments contrastés, les bouffées d’amour fusionnel laissant place à des actes de cruauté. Une rencontre amoureuse, celle d’Antonio, fera prendre un tournant dramatique à cette relation… Chronique sociale et familiale, Uvaspina est ainsi un roman sur les désirs impossibles à assouvir et le passage à l’âge adulte ; il étreint ses personnages avec passion autant qu’il les oppresse, à l’image de cette ville, Naples, qui constitue non seulement l’unité de lieu mais aussi le cœur battant de l’intrigue. Présentée comme une pieuvre aux artères bouillonnantes, belle, terrible et sordide à la fois, la cité revêt de nombreuses facettes que l’autrice décline à travers une écriture baroque et métaphorique, drôle et tragique, empreinte de folklore et de mythes. Sous sa plume, l’argot des rues et les envolées littéraires se mêlent pour raconter les vies et les tourments des habitants, dans un pétillement d’images et de tons - rendu accessible par la traduction française, magnifique - qui nous laisse éblouis et chamboulés.