Littérature française
Jean-Philippe Toussaint
La Hantise
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Jean-Philippe Toussaint
La Hantise
Minuit
27/08/2026
288 pages, 22 €
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Chronique de
Nicolas Mouton
Librairie Le Presse papier (Argenteuil) -
❤ Lu et conseillé par
5 libraire(s)
- Isabelle Aurousseau-Couriol de de Paris (Saint-Étienne)
- Linda Pommereul de Le Failler (Rennes)
- Stanislas Rigot de Lamartine (Paris)
- Valérie Barbe de Au brouillon de culture (Caen)
- Bertrand Lesausse de Coiffard (Nantes)
✒ Nicolas Mouton
(Librairie Le Presse papier, Argenteuil)
Après L’Échiquier (2023), réflexion d’ordre autobiographique, Jean-Philippe Toussaint revient au roman avec La Hantise, troisième volet du cycle ouvert par La Clé USB (2019) et Les Émotions (2020), où l’on retrouve Jean Detrez, son double fictif.
« Quel genre d’homme était ton père ? » L’incipit de ce nouveau texte, qui semble jouer de tous les codes du thriller, nous indique dès le début que l’intrigue est ailleurs, et la quête – l’enquête – toute intérieure. Comment résumer un homme, sa vie, avec le seul moyen des mots, quand ce père vient de mourir et hante la vie de son fils ? Un personnage censé écrire une biographie de ce père meurt au premier tiers du livre, incarnant l’impasse de cette entreprise. C’est par la voix d’une fidélité, d’un dialogue avec soi-même que le fils peut y toucher ; telle est sa véritable mission : ne pas s’effondrer. Travaillant à la Commission européenne, Jean Detrez trouve « fortuitement » une clé USB contenant des documents ayant traits à une fraude financière et à de l’espionnage technologique au profit de la Chine. Avec une précision de détails grisante et un style d’une fluidité diabolique, nous sommes entrainés dans une intrigue à la Hitchcock (la rencontre dans un train d’une certaine Yolande, dont il va tomber amoureux, n’est pas sans évoquer La Mort aux trousses), voire Tintin (le personnage de Stavropoulos). Pourquoi l’auteur reprend il ainsi, en le développant, La Clé USB ? Peut-être est-ce là la grande « hantise » : La Hantise est hantée par La Clé USB. Elle est son reflet et Les Émotions, situé entre les deux, joue le rôle de miroir (dont on sait depuis Stendhal qu’il est l’objet privilégié du roman). Relancé par le personnage de Yolande, le récit semble d’ailleurs devoir aboutir au triomphe des « émotions ». Le lecteur en vient à se demander si toute cette merveilleuse érudition et l’intelligence déployée par Toussaint pour dire les institutions européennes, ne serait pas un génial miroir aux alouettes, un autoportrait spirituel.