Chronique Ci-gît l'amer de Cynthia Fleury

Lyonel Sasso

Cynthia Fleury multiplie les références et apporte ses expériences de clinicienne et de philosophe afin de mieux désarmer l’hermétisme d’une inclination propre à l’humain°: l’amertume.

En plus de sa pertinence – notion primordiale dans cet essai –, Cynthia Fleury est une lectrice délicate. Elle ouvre, une nouvelle fois, ses lectures de cœur pour analyser ce phénomène du ressentiment qui est l’une des caractéristiques de notre époque. On pourrait réduire le travail de Cynthia Fleury a une simple retranscription hégélienne de l’amertume°: on passe ainsi du spécifique au général, du ressentiment individuel à celui d’une foule. Il faut lire d’ailleurs, dans la deuxième partie de son livre, les pages sublimes consacrées à Adorno et son analyse du fascisme. Mais l’essayiste dépasse souvent ses modèles et les fait résonner entre eux. Dans un premier temps, elle dresse un contexte, s’appuie sur ses souvenirs d’Alexis de Tocqueville et pointe la prolifération de l’amertume dans le système démocratique. Tocqueville notait: « Le désir de l'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité́ est plus grande. » Mais ce désir insatiable impose son revers – la frustration. Fleury décrit très bien ces implacables rouages de la machine humaine et désirante, en se référant à Gilles Deleuze, pour définir le lien fort entre la frustration structurelle qu’une société capitaliste impose et l’un de ses symptômes les plus puissants°: le ressentiment. Pour Fleury, ce qui peut contrer l’inertie de l’amertume et ses multiples asservissements, c’est la pertinence. Notion qui se réfère à la raison, à l’action d’une pensée et à la sublimation. Ainsi, pour résister aux fake news, aux méandres des réseaux sociaux et de la désinformation, il faut filtrer ses propres inclinations et pulsions. Avoir du courage. Nietzsche offre les meilleures citations pour s’extirper « du troupeau ». Avec un style pénétrant et précis, Cynthia Fleury décortique les processus de l’amertume, offre des analyses brillantes, cela pour contourner, avec finesse, les écueils d’une époque. Et, à la manière d’un Victor Hugo, pour ne pas sombrer dans la « bouche d’ombre » du ressentiment.

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