Littérature française
Benjamin Fogel
Les Évadés du convoi 53
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Benjamin Fogel
Les Évadés du convoi 53
Gallimard
12/03/2026
298 pages, 21 €
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Chronique de
Fabienne Boidot-Forget
Librairie Le Bruit des Mots (La Flèche) - ❤ Lu et conseillé par 11 libraire(s)
✒ Fabienne Boidot-Forget
(Librairie Le Bruit des Mots, La Flèche)
Mars 1943. Le convoi 53 quitte Drancy. À son bord, 1008 juifs déportés vers le camp d’extermination de Sobibor en Pologne. Treize d’entre eux vont tenter le tout pour le tout pour s’évader. Parmi eux, Paul, le grand-père de Benjamin Fogel. C’est cette histoire vraie que retrace l’auteur dans un roman haletant, bouleversant et d’une justesse incroyable.
L’histoire aurait pu être banale, elle commence par une désillusion amoureuse. Lucie aime Paul Fogel qui est un peu volage. Par vengeance, elle le dénonce aux autorités françaises. Mais nous sommes en 1943, il est juif et c’est toute sa famille qui va être arrêtée avec lui. Avec ses parents, son grand frère Robert, ils vont être transférés à Drancy puis à Beaune-la-Rolande avant d’être renvoyés à Drancy d’où partira le convoi 53 pour une destination dont ils ignorent tout. Parmi les passagers de leur wagon, un homme imagine une incroyable évasion dans laquelle il entraîne douze de ses camarades d’infortune. Avec pour seul outil une scie et un canif, ils tentent l’impossible pour échapper à la barbarie nazie. Treize jusqu’au-boutistes parmi lesquels figurent les frères Fogel, Paul et Robert. Partant sur les traces de son grand-père Paul, Benjamin Fogel nous plonge dans un récit haletant, un véritable récit d'aventure. Des déportés, une évasion, des fugitifs poursuivis par les nazis au travers d’un pays couvert de neige, des rencontres ô combien inspirantes, comme celle de Sylvain Kaufmann qui porte à bout de bras et jusqu’au sacrifice ce groupe improbable, incarnant l’esprit de résistance et l’héroïsme pur. Avec une précision rare, quasi documentaire, un style dépouillé de toute fioriture, une narration entièrement écrite au présent, l’auteur nous donne à entendre la voix de chacun des évadés et livre un roman choral, un roman mémoire, sans jamais tomber dans les chausse-trappes de la facilité. La construction est brillante et nous tient en haleine de bout en bout même si, contrairement aux protagonistes qui ignorent encore ce qui les attend, nous connaissons ‒ et redoutons ‒ l’issue de ce convoi. Il a dû falloir beaucoup de courage et de ténacité à Benjamin Fogel pour s’emparer de cette histoire familiale et la recomposer sans en déformer la glaçante réalité. À aucun moment il ne faillit. « Sept juifs sur 1 008 ont bel et bien survécu au convoi 53. »