Chronique La Rivière de Peter Heller

Laura Picro Librairie L'Arbre à lettres (Paris)

Dans son dernier roman, Peter Heller nous plonge dans une nature magnifique et écrasante en alternant ivresse poétique et basculements terrifiants qui nous maintiennent dans une fièvre folle jusqu’à la dernière page.

Le Nord du Canada offre des espaces naturels démesurément beaux, où le sublime côtoie l’effroi. Car l’homme est bien petit dans cette immensité sauvage éloignée de tout et nombre d’expéditions ont viré à la tragédie. Lorsque Wynn et Jack décident de se lancer dans la descente en canoë du fleuve Maskwa, ils espèrent pleinement profiter d’une nature qu’ils éprouvent depuis leur plus jeune âge. Il s’agit de descendre cinq lacs en enfilade pour atteindre la rivière puis rejoindre l’embouchure de la baie d’Huston. L’expédition nécessite une solide préparation : il faut savoir lire l’eau, prévoir ses remous, jouer avec ses tourbillons, manœuvrer habilement dans les rapides, endurer les portages pour contourner les chutes et rester vigilant à la faune affamée sur les rives. La première partie du trajet se déroule de manière idyllique avec des paysages grandioses et des nuits à la belle étoile. Mais un matin, l’atmosphère s’emplit d’une vibration inquiétante : une lueur orangée diffuse, des effluves de fumée âcre, un grondement sourd. Les terribles premiers signes d’un gigantesque feu de forêt que le vent pousse impitoyablement vers eux. Partis sans téléphone satellite, ils n’ont d’autre choix que de tenter de pagayer le plus vite possible pour arriver à la ville de Wapahk avant lui. Ils ont peu de temps car il faut savoir qu’un feu de cette taille est d’une imprévisibilité effrayante : il peut créer son propre climat et ses rouleaux de fumée peuvent tout carboniser sur quatre cents mètres. La rivière ne sera pas assez large pour servir de brise-feu. À cela s’ajoutent la menace de la gelée, le poids d’une femme entre la vie et la mort à laquelle ils ont porté secours et son mari fou et armé qui les attend peut-être en contrebas. Commence alors une course folle, qui oscille entre la fuite et la traque, sans savoir ce qui les rattrapera en premier. Dès les premières phrases, Peter Heller nous met en position de guetteur : tous les sens sont en éveil, à l’affût des bruits, des odeurs et des traces animales. La survie repose sur l’instinct, la rapidité de réaction et la capacité d’anticipation. Si la nature grandiose invite à la contemplation, le danger met en péril les équilibres mentaux et fragilise les relations humaines. L’homme est aussi imprévisible que le feu. Peter Heller réalise comme à son habitude des peintures incroyables du monde sauvage irriguées de fulgurances poétiques et dose habilement beauté et violence, lumière et noirceur, apaisement et tension.

 

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