Jeunesse

Marie Pavlenko

Aimer et toujours résister

Entretien par Gaëlle Farre

(Librairie Maupetit, Marseille)

Hâte-toi quand la nuit vient est une intense histoire d’amour qui s’inscrit dans un monde post-apocalyptique où la répression et le fascisme sont rois. Mais Jane et Roman vont montrer une résistance à toute épreuve. Rencontre avec Marie Pavlenko, une autrice qui mêle amour et engagement comme personne.

Pouvez-vous nous raconter comment est né votre nouveau roman et dans quel contexte il a pris vie en vous ?

Marie Pavlenko Il y a trois ans, j'ai pris un café avec une amie scénariste. Nous avons discuté des romances, de leur succès sur les écrans et dans les librairies. Le mot a parfois une acception péjorative, dans le sens « populaire », « facile ». Pourtant, L'Amant de Lady Chatterley, L'Angoisse du Roi Salomon, les poèmes de Louise Labbé, Les Misérables sont des romances. Je me suis alors demandé quel genre de romance j'écrirais. Jane et Roman ont pris forme à ce moment-là.

 

De nombreux thèmes sont présents – l’écologie et le monde du vivant, la liberté, la résistance face au fascisme et à la dictature notamment : de quoi vouliez-vous parler en priorité ?

M. P. Je n'ai pas de priorité stricto sensu car je pense que tout est lié. Ainsi des études montrent que là où les gens ont plus de maladies chroniques (cancers, diabètes, etc.), dues notamment à une alimentation ou un environnement dégradés, le vote d’extrême-droite augmente. Ça a été démontré en France mais aussi aux États-Unis. Défendre l'écologie, c’est défendre une société plus égalitaire où personne ne s'arroge le droit de consommer toute l'eau, de détourner l’énergie pour son seul profit. Lutter pour le vivant revient à affirmer qu'il appartient à tous : personne n'a le droit de fracasser notre monde pour son bénéfice personnel. Il s'agit de défendre une société où les valeurs cardinales sont la liberté et l'égalité (la vraie). Ce roman parle aussi des violences faites aux femmes. Or le patriarcat, le contrôle des femmes et de leur corps sont des valeurs d'extrême-droite, défendues par le fascisme (chez nous, je rappelle que certains demandent ouvertement aux femmes blanches de faire plein de bébés avec des hommes blancs), donc par des modèles de sociétés hiérarchisées. Tout est lié.

 

Après Et le désert disparaîtra, vous vous inscrivez à nouveau dans le genre de la dystopie avec Hâte-toi quand la nuit vient. Pourquoi explorer ce genre littéraire ?

M. P. Il permet de parler de notre contemporanéité : en amenant les lecteurs dans un avenir proche, on se déplace légèrement et ainsi, on observe notre monde actuel sous un autre angle, avec un regard neuf. Par ailleurs, je pense que nous vivons déjà dans une dystopie. Qu'un procureur flanqué de policiers toque à la porte d'une librairie indépendante pour débusquer un livre de coloriages (un livre de coloriages !) me semble assez dystopique.

 

Ce nouveau roman est on ne peut plus engagé. Ne serait-ce pas même votre roman le plus politique ?

M. P. Je ne sais pas. J'y parle de politique, oui. Mais Et le désert disparaîtra abordait la place des femmes et l'état du vivant de façon à peine détournée. Rita l'est aussi, je crois, puisqu'il ausculte les questions de la pauvreté, de la décrépitude des institutions, de la prostitution des enfants, chez nous, en France. Traverser les montagnes et venir naître ici creuse la question de l'exil, de l'entraide et de la solidarité, qui sont des questions hautement politiques, surtout aujourd’hui. Là où un bar-tabac ferme, le vote RN finit par augmenter. Pourquoi ? Parce que nous avons besoin de nous confronter les uns aux autres, de discuter, de partager, de développer notre solidarité en chair et en os. Le sens du mot a été dévoyé, mais en réalité, « politique » signifie à la base « gestion de la cité ». La politique est partout dès lors que les citoyens sont associés à la prise de décision.

 

Parlons de la beauté du titre du livre. Comment vous est-il venu ?

M. P. Ah, c'est gentil. Bon, allez, je dévoile un peu l'arrière-cuisine. Mon premier titre de travail était : Jusqu'à la fin du monde. Et puis, j'arrive à cette scène qui se situe dans la baie du Mont Saint-Michel. Je l'écris, je la déroule et le lendemain, je la relis comme je le fais toujours et je m'arrête sur cette phrase : « Elle marcha d'un bon pas, un pas pressé sans être trop angoissée, un pas qui disait : hâte-toi quand la nuit vient. » Il était là, mon titre, je l'ai reconnu.

 

 

Jane est en dernière année au lycée Jean-Marie Le Pen. Autour d'elle, les abeilles et les papillons ont disparu, le racisme et la désinformation sont partout tandis que la poésie et l'esprit critique sont interdits. Quand Roman arrive au lycée, un souffle de vie inattendu gagne Jane. Mais comment s'aimer dans un monde où l'on peut être racketté par des policiers à l'entrée du lycée ? C'est bel et bien le chaos qui règne dans le nouveau roman de Marie Pavlenko mais ses personnages nous font comprendre qu'il ne faut jamais baisser les bras, pas quand l'amour, la quête de liberté et l'espoir sont encore là. Militant et bouleversant, Hâte-toi quand la nuit vient est d'une puissance rare.

Les dernières parutions du même genre

À savoir avant de continuer la lecture ...

X

Les libraires indépendants lisent chaque jour pour vous guider dans l'actualité littéraire et ont plaisir à partager leurs coups de cœur. Pour soutenir leur travail et leur engagement, abonnez-vous ou offrez Page des libraires.

Découvrez nos formules d'abonnement
Déjà abonné.e ? Connectez-vous