Chronique La Salle de bal de Anna Hope

Valérie Faucon Librairie Graffiti (Castres)

« Chère Ella, Il y a quelque chose chez ces oiseaux qui me fait penser à vous. J’espère que vous ne m’en voudrez pas de le dire. Quelque chose de petit mais sauvage. Quelque chose fait pour voler. John. »

Deuxième sélection du Prix Femina 2017

 

À l’asile de Sharston, aux confins du Yorkshire, hommes et femmes vivent séparés par de hauts murs et des fenêtres grillagées. Les hommes travaillent dans les champs tandis que les femmes, confinées à l’intérieur, s’emploient à des tâches domestiques. Les règles de l’institution médicale sont rigides, le personnel se montre insensible envers ces supposés faibles d’esprit et ces « pauvres chroniques ». Un endroit où il n’est point de salut par la lecture. Un endroit difficile à quitter. « Il y a trois façons de sortir d’ici. Tu peux mourir... Tu peux t’enfuir... Ou tu peux les convaincre que tu es suffisamment saine d’esprit pour partir. » Contre toute attente, une vaste et magnifique salle de bal, où hommes et femmes se retrouvent tous les vendredis soirs pour danser, suffit à insuffler de l’espoir et apporter un moment de liberté éphémère à ces laissés-pour-compte. Là, au cœur d’un été caniculaire, se rencontrent Ella Fay, une fileuse de la classe ouvrière nouvellement arrivée, et John Mulligan, un Irlandais « mélancolique ». Quelques pas de danse, des lettres secrètement échangées... suffisamment de signes pour alerter le docteur Charles Fuller, un être frustré et ambitieux ! Nous sommes en 1911 et le Mental Deficiency Act est sur le point d’être voté par le gouvernement de Churchill. Le mouvement eugéniste enthousiasme dangereusement le médecin qui voit en John le cas idéal pour mettre en œuvre ses théories et expérimentations. Dans un roman subtilement construit comme une valse à trois temps où Ella, John et Charles tournoient à tour de rôle, Anna Hope écrit la partition de leurs états d’âme respectifs, de leurs désirs, de leurs obsessions, en faisant toujours preuve de compassion envers ses personnages. D’une plume élégante, elle déconstruit habilement notre vision de la folie.

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