Bande dessinée

Nicolas Debon

La Montagne d'encre

SF

✒ Sylvain Féry

(Librairie Quantin, Lunéville)

Avec La Montagne d'encre, l'auteur vosgien Nicolas Debon convie le lecteur à suivre ses pas en une promenade douce et contemplative dans les paysages qui lui sont chers. Un hommage aux beautés de la nature dans lequel il partage son amour pour la poésie et la peinture de la Chine et du Japon anciens.

L'album s'ouvre sur le vol d'un corbeau dans un ciel clair, une forme noire à l'apparente simplicité, tel un calligramme sur la blancheur du papier. Une voix accompagne le ballet aérien de l'oiseau ; c'est celle du peintre Sans-Nom, qui, au soir de sa vie, reconnaît l'imperfection de son art et les progrès qu'il a encore à accomplir dans les dizaines d'années à venir.
En une quinzaine de chapitres, évoquant le cycle des saisons, Nicolas Debon met en parallèle la nature sauvage de l'est de la France qui ne cesse de l'émerveiller, « loin du bruit humain », et l'art subtil des peintres chinois et japonais des siècles passés. Les tableaux qu'il nous propose sont d'une grande poésie et d'une beauté à couper le souffle. De grandes cases où alternent cieux ennuagés et branches d'arbres aux feuilles d'une transparence délicate. La juxtaposition de détails végétaux et de décors montagneux proches de l'abstraction. Des cases monochromes où pointe une touche de couleur vive. La lecture de l'album invite à la méditation. Dans un chapitre consacré aux pierres, que Sans-Nom étudiera l'espace de onze ans, l'auteur met face à face galets polis par le courant des rivières et roches sculptées par les pluies et le vent, dans lesquelles semblent se cacher des visages humains, comme dans les devinettes d'Épinal. Une tempête de neige, et le lecteur frissonne. Une pluie battante, et le lecteur entend presque le bruit de l'eau. La contemplation de la nature et des phénomènes météorologiques importe beaucoup aux Japonais : c'est ce qu'ils nomment ukiyo-e, « image d'un monde flottant » que l'auteur vosgien nous fait découvrir.
Convoquant Katsushika Hokusai, mais aussi les philosophes chinois Lao-Tseu et Chang Tzu par l'intermédiaire des écrits de François Cheng, Nicolas Debon s'inspire de la sagesse orientale pour nous convier à ouvrir les yeux sur ce que nous ne regardons plus assez : les beautés simples de la nature, les « souffles qui relient notre monde sensible à un monde invisible ». Cette nature qui se réveille au fil des pages pour aller du monochrome de l'hiver à l'explosion de couleurs du printemps, du vide au plein, du Yin au Yang.
Accompagné des pensées du peintre Sans-Nom, le lecteur prend son temps dans un voyage contemplatif sur les hauteurs des flancs de montagnes boisées, ou dans le détail d'un caillou ou d'une fleur. La Montagne d'encre est un album dont on sort reposé, serein, et qui donne l'envie de prendre son bâton de marche pour se reconnecter aux choses essentielles.

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