Bande dessinée
Nos amours modernes
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Nos amours modernes
L'Iconoclaste
05/03/2026
244 pages, 28,90 €
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Chronique de
Gwendoline Delaporte-Danel
Librairie Le Méandre (Meudon) - ❤ Lu et conseillé par 25 libraire(s)
✒ Gwendoline Delaporte-Danel
(Librairie Le Méandre, Meudon)
« L’hétérosexualité, c’est vraiment formidable. Ça fonctionne hyper bien ! » Ah bon ?! Ainsi commence ce projet de bande dessinée dirigé par la reine Titiou Lecoq. Dix ans après le bouleversement #Metoo, comment s’aime-t-on, comment vit-on en couple ? De quoi nos amours modernes sont-elles le nom ?
Enquêter sur le couple hétéro aujourd’hui, un vaste programme ! Pour cette bande dessinée, Titiou Lecoq a réuni chercheurs et journalistes pour relater comment on s’aime, dix ans après le bouleversement #Metoo. Contraception, sexualité, applications, partage des tâches, argent, violences et contrôle coercitif, charge émotionnelle, séparation… : une belle occasion d’aborder tous les aspects de nos amours et de nos couples en 2026. Le relationship escalator qui enferre le couple sur le chemin tout tracé de la vie semble s’enrayer. « Au XXe siècle, quand on disait « couple », on voyait ça : les hommes au travail, les femmes à la maison, une organisation bien pratique pour le système capitaliste, reposant sur le labeur gratuit de la moitié de la population. » Mais les choses ont-elles vraiment changé depuis que les femmes travaillent et enchaînent des doubles journées ? L’humour décapant de Salomé Lahoche illustre les schémas hétéronormatifs dans lesquels la société nous enferme : développer l’empathie des petites filles tout en annihilant celle des petits garçons. Claire Roquigny souligne que lutter contre les violences faites aux femmes est un choix politique à assumer. Claire Malissen nous livre une scène de sexe où le consentement devient sexy et crée une intimité forte. Bobika vous fera rire jaune quant à la question du devoir conjugal et de la contraception qui reste à la charge de la femme. Pour Magali Le Huche, « Adam et Ève vivaient heureux puisqu’au paradis il n’y avait pas de linge sale » mais la vie à deux a rebattu les cartes ; le rapport au ménage reste injustement genré et l’arrivée d’un enfant ne fait que l’accentuer. Catel dessine un ingénieux jeu de l’oie de l’argent du couple dans lequel les femmes sortent indéniablement perdantes. Cati Bauer met en exergue la charge émotionnelle qui incombe aux femmes. Aurélia Aurita plonge avec délice dans les charmes des amours multiples : compersion, j’écris ton nom ! Quand Léa Hybre fait le point sur la séparation, Boulet et Natalie Nourigat veulent encore y croire. Avec des coquilles de noix vides, Carole Lobel nous invite à réinventer le couple et faire des petits bateaux qui prennent le large. Drôle, documenté, accessible, cet ouvrage toujours nécessaire livre des pistes nombreuses et précieuses pour réfléchir, discuter, résister aux injonctions de cette société patriarcale.