Chronique Mobiles de Sandra Lucbert

PATRICK DE SINETY, Pigiste , Paris

Il se dégage de ce premier roman, une fois dépassé des premières pages qui pourront peut-être sembler d’une noirceur un peu sèche, un charme étrange, difficile à traduire en mots. Mobiles se présente comme une sorte de fresque peuplée de personnages extrêmement vivants, parce qu’ils impriment à l’histoire le rythme de leurs mystérieuses mécaniques individuelles, mécaniques complexes, contradictoires, qui forment la singularité de chaque être humain, liés les uns aux autres par des rapports, familiaux, amoureux et amicaux tout aussi complexes, contradictoires et singuliers. Les personnages de Sandra Lucbert ont une trentaine d’années, ils habitent Paris, ce sont des artistes, des thésards tétanisés par le spectacle de la vie active, des intellectuels condamnés aux marges d’une société qui montre de moins en moins de disposition à l’exercice de la pensée – gratuit, certes, mais tellement exaltant pour peu qu’on lui accorde un minimum de temps et d’effort. Pourtant, contrairement à ce que cette trop brève recension risque de laisser entendre, ce roman est tout sauf une énième chronique de la désespérance bobo. La dimension sociologique n’est que l’une des strates de l’ensemble. À la limite, elle est même accessoire. Car ce qui compte ici, c’est la faculté de l’auteur à inscrire l’espèce de désarroi métaphysique de ses personnages dans un univers résolument poétique, presque fantastique et souvent très drôle, où Paris, les monuments, les rues, ce qui appartient à l’histoire littéraire, artistique, politique, ou aux recoins plus intimes du parcours de chacun, et la vie en générale, redeviennent des espaces de jeu, d’expérimentations joyeuses ; comme un pied de nez – où se concentrerait toute la force transgressive de l’enfance – au commandement consumériste, à la culpabilité dans laquelle sont censés se morfondre les chômeurs, les étudiants éternels et n’importe quel rêveur. Une manière de se réapproprier la vie, de subvertir la vulgarité contemporaine.

 

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