Chronique Les fruits tombent des arbres de Florent Oiseau

Allan Viger Librairie des Cordeliers (Romans-sur-Isère)

Quand un livre me suit partout, c'est signe que j'ai trouvé mon nouvel Évangile et que si cet Évangile me fait hurler de rire, sourire et gamberger, c'est donc que Jésus n'y a pas tellement voix au chapitre.

Les fruits tombent des arbres. Fatalement. Mais parfois le fruit est un voisin qui s'appelle Jean-Luc. Et à ça, on n'est pas préparé. On a beau vouloir rompre la fatalité en mélangeant des champignons japonais à ses œufs, parfois on ne trouve plus le goût de se faire une omelette. La mort nous a désarmés. Et comme Pierre, on ne pense plus qu'à la disparition de Jean-Luc, à notre crise cardiaque à venir et à cette question existentielle qui nous taraude : est-ce la vie qui crée le hasard, ou l'inverse ? De hasards et d'absolues banalités est faite la vie de Pierre, oisif ambitieux. Car Pierre n'aime rien moins que les petits riens. Et trois fois rien, c'est déjà quelque chose ! C'est s'enfiler des verres de lait glacé la nuit, avec le ronronnement du frigidaire, pour se bercer de la certitude qu'on est encore une personne en dehors de la masse. C'est apprécier les qualités des commentaires sous une vidéo de film de boules. C'est trouver beaucoup de charme à une laverie automatique. Y lire un bon bouquin. Être attentif au bourdonnement rassurant de la ville. C'est écouter une déesse dégueulasse et sublime chanter « Mourir sur scène » de Dalida dans un bar kabyle. Fumer des garos avec les tapins. Ne pas faire grand chose. Marcher et attendre « car le temps n'est important que s'il est possible de le gâcher, de jouir de la liberté intellectuelle de le dilapider sans avoir le sentiment de le perdre, de flâner sans but, sans amour et sans haine ». Cultiver l'art de l'ennui. Suivre le fantôme de son voisin. Errer dans la rue narines au vent, soliloquant avec une douce ironie sur le dérisoire de nos vies tout en s'émerveillant de toutes les grandes petites choses. C'est finir par se réconcilier avec la disparition de son Jean-Luc. Et retrouver, en définitive, simplement, le goût de se faire une bonne omelette !

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