Bande dessinée
Bocquet
Le Cabaret Voltaire
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Bocquet
Le Cabaret Voltaire
Illustrateur(s) : Kent
Delcourt
13/05/2026
232 pages, 26,99 €
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Chronique de
Mehdi Ain-Bouzid
Librairie L'Alternative (Neuilly-Plaisance) -
❤ Lu et conseillé par
8 libraire(s)
- Karine Clugery de Les Mots voyageurs (Quimperlé)
- Jean-Marie David-Lebret de Lo Païs (Draguignan)
- Cécile Laxalt de Elkar (Bayonne)
- Pascale Colin de La page qui tourne (Verson)
- Anaëlle Libérati de Pescalune (Paris)
- Mehdi Ain-Bouzid de L'Alternative (Neuilly-Plaisance)
- Émilie Wivincova de Le Vagabond immobile (Arreau)
- Pierre-Alexis Nail de Petites Histoires entre amis (Chennevières-sur-Marne)
✒ Mehdi Ain-Bouzid
(Librairie L'Alternative, Neuilly-Plaisance)
Berceau du mouvement Dada à la vie éphémère, le Cabaret Voltaire fut un lieu de rassemblement artistique et intellectuel entre les feux de la Première Guerre mondiale. À travers l'œuvre de ces dangereux pacifistes, armés de poèmes et de chansons, résonne de 1916 à 2026 la critique d'un monde martial.
Sur les mots du poème « Le Mal », à quelques kilomètres du bruit des canons et des cris militaires, Hugo Ball, écrivain allemand, s'égare dans la désolation d'un vieux fort abandonné sur la ligne de front. Ces mots, ils sont récités par Emmy Hennings, chanteuse allemande, dans un cabaret berlinois en 1914. Ce poème, c'est celui d'Arthur Rimbaud, poète français, écrit comme un brûlot critiquant la guerre franco-prussienne de 1870. C'est sur ce triple parallèle, tout en noir blanc et bleu, que s'ouvre Cabaret Voltaire, et on pourrait y voir un résumé de la philosophie des pages qui vont suivre. Si le mouvement Dada est avant tout connu comme le moteur fondateur du surréalisme, Kent et Bocquet s'appliquent à nous conter ici la genèse du lieu qui l'a vu naître, à travers la convergence d'artistes et de philosophes ayant en commun leur rejet de la Grande Guerre et de la propagande militariste, au-delà du patriotisme désincarné des grandes nations en mal de conflits. C'est à Zurich, dernier bastion pacifiste d'une Europe à feu et à sang, que les chemins d'Hugo Ball et Emmy Hennings vont croiser ceux de Tristan Tzara, écrivain roumain, de Jean Arp, peintre alsacien, et de tant d'autres jeunes artistes portés par la volonté de remettre en cause les conventions, l'évidence de la loyauté d’État et des discours nationalistes. Comme des punks avant l'heure, ce groupe d'étranges énergumènes mis au ban de la société européenne pratique l'art comme une protestation, non pour plaire, mais pour questionner le système et défier le vieux monde. De cette convergence de talents naît le Cabaret Voltaire, refuge artistique qui ne survivra que quelques mois, juste assez pour lancer le mouvement dadaïste sur sa scène. Tandis que l'on y suit les premiers concerts et autres représentations, le dessin de Kent casse lui aussi ses codes. Les cases bien rangées de la BD s'éparpillent, les onomatopées envahissent l'espace, les couleurs échappent au dessinateur, le trait se joue de caricature. À tel point qu'on n'a plus l'impression de lire une seule BD, mais d'en lire une différente à chaque page, comme un parfait hommage du dessinateur à Dada, qui se définit avant tout par son absence de définition, sa volonté de mouvement constant et son refus de la forme stricte comme protestation. Le Cabaret Voltaire, en rappelant aujourd'hui cette étrange révolte désarticulée de l'art contre un monde avide de conflits, trouve alors un écho galvanisant à notre époque d'impérialisme militaire désinhibé.