Chronique La Sonate à Bridgetower de Emmanuel Dongala

Rachel Besnard-Javaudin Librairie Le Failler (Rennes)

Le public est assis dans la salle : silencieux, attentif. Sur scène, en pleine lumière, arrive un enfant. Violon calé contre son cou, archet à la main, il surmonte ses craintes et se met à jouer. La musique, sublime, envoûtante, bouleverse les cœurs. Bienvenue au jeune prodige !

Nous sommes en 1789 lorsque Frédérick de Augustus Bridgetower, un Noir originaire de la Barbade, arrive à Paris avec son fils George. George a seulement 9 ans mais il est déjà un violoniste de grand talent et son père espère bien le rendre célèbre dans toute l’Europe, afin de profiter de l’or et de la gloire de son succès. Très vite, la réussite est au rendez-vous, et père et fils rencontrent tous les grands noms des milieux intellectuels et politiques. George se fait de nombreux amis artistes et scientifiques, et découvre avec bonheur et émerveillement la vie à Paris. Cependant, la Révolution gronde et progresse dans les rues de la ville et l’esprit de ses habitants. Frédérick tente de se faire passer pour un grand prince d’Abyssinie, afin que sa couleur de peau ne lui porte pas préjudice, mais ses origines lui sont sans cesse rappelées par une aristocratie qui n’est pas toujours bienveillante. Les bouleversements de la fin du XVIIIe siècle, aussi bien à Paris, Londres, que Vienne, vont changer à jamais leur vision du monde. Emmanuel Dongala revient en force avec ce roman à la fois juste et puissant. Grâce à la description du premier concert de George à Paris, l’auteur plonge le lecteur, dès le début du livre, dans un monde d’artistes et de musique. Puis il l’entraîne à la suite de ses personnages dans la visite de la ville, le promenant de monuments historiques en salons, et de salons en salles de concert, dans un tourbillon de couleurs et d’événements captivants. Le lecteur assistera ainsi aux débuts prometteurs d’un jeune artiste, à sa découverte du monde, à sa rencontre avec les plus grands musiciens, puis à sa consécration. Emmanuel Dongala jongle très habilement entre fiction et faits réels et sa plume est aussi précise et minutieuse que peut l’être l’archet d’un violon. George et son père forment un duo attendrissant auquel on s’attache très vite. Et si ce livre est un bel hommage à la musique classique et aux grands compositeurs tels que Mozart ou Beethoven, c’est aussi un excellent roman sur le plan historique, qui décrit avec passion et précision les influences du siècle des Lumières dans tous les domaines. La lecture de La Sonate à Bridgetower ne peut donc être qu’un moment agréable, plein de poésie et de musique. Et si les personnages de ce livre sont des artistes, Emmanuel Dongala en est sans aucun doute un lui aussi.

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