Chronique Double fond de Elsa Osorio

  • Elsa Osorio
  • Traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry
  • Coll. «Bibliothèque hispano-américaine»
  • Métailié
  • 04/01/2018
  • 397 p., 21 €
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Christophe Gilquin Librairie L’Arbre à lettres (Paris 12e)

L’auteure de Luz ou le temps sauvage (Métailié) déploie son nouveau roman entre la France et l’Argentine, et s’attache à nous conter, à travers un saisissant portrait de femme, la trouble histoire de son pays. Un très grand roman.

Dans les environs de Saint-Nazaire, le corps d’une femme vient d’être repêché. Il s’agit de Marie Le Boullec, un médecin urgentiste discret et apprécié. La police veut conclure à un suicide mais pour Muriel, journaliste locale, certains indices laissent à penser que cette affaire n’est pas aussi évidente qu’il n’y paraît. Son intuition va la mener dans une enquête vertigineuse qui la fera remonter jusqu’aux heures les plus sombres de la dictature argentine. Ainsi l’on oscille entre 2004 et 1978, entre l’avancée des recherches de Muriel (et de sa fine équipe de détectives amateurs) et l’histoire de cette femme en apparence insaisissable. Juana, Soledad, Marie... tel est son nom, selon les circonstances. « Subversive » devenue « repentie » après un passage dans les sous-sols de l’Esma (l’école mécanique de la Marine), elle se retrouve, sous bonne garde, employée au Centre pilote de Paris. Pour elle, cette collaboration forcée n’a qu’un objectif : assurer la vie et la sécurité de son fils. Mais quand elle rencontre Yves, un photographe français, elle voit soudain sa situation, déjà peu confortable, être mise en péril et son destin basculer de nouveau. Magistralement orchestré, Double fond est un thriller haletant qui captive de bout en bout. On y suit le parcours d’une femme brisée, traquée sans relâche, mais résignée à préserver ceux qu’elle aime. On se replonge dans l’Histoire de l’Argentine, s’indignant du sort réservé aux opposants à la dictature (enlèvements, torture, assassinats, dont les cruels « vols de la mort »), mais aussi du manque de jugement ou de réaction de la part de l’Occident, de la France en particulier, pourtant terre d’accueil pour nombre d’exilés. Et l’on en vient à comprendre qu’aujourd’hui encore, certaines rancunes peuvent être tenaces.

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