Chronique À cause de la vie de Véronique Ovaldé

Marjolaine Cauquil Librairie Murmure des mots (Brignais)

Dans ce livre, deux rencontres merveilleuses se déroulent sous nos yeux. La première, entre Sucre de Pastèque et son prince charmant, dans un immeuble parisien au milieu des années 1980. La deuxième, entre Véronique Ovaldé et Joann Sfar, deux auteurs à l’imaginaire débordant dont les deux univers se mélangent parfaitement.

Sucre de Pastèque est une adolescente qui vit seule avec sa maman, vendeuse de confiseries, au milieu de cartons non ouverts qui meublent et participent à la décoration d’un grand appartement parisien. Cette jeune fille rêveuse, se faisant passer pour souffrante afin d’éviter l’école, rêve d’un prince charmant venant la délivrer et lui prouver son amour à travers les épreuves qu’elle invente. Celui-ci, en panne de vélo, frappe à sa porte ! Son nom, elle l’a décidé, sera Tunepouvaispas Mefaireplusplaisir. Eugène est son voisin du dessus. Comme elle, il vit un peu à l’écart des autres enfants et se laisse donc avec plaisir embarquer dans l’univers de Nathalie (Sucre de Pastèque) qui ne fait jamais les choses à moitié. Commence alors un jeu de devinettes et d’épreuves toutes plus romantiques les unes que les autres, mais pouvant faire prendre à Eugène des risques parfois inconsidérés, comme peuvent le faire tous les adolescents. Cette histoire se déroule dans cet immeuble parisien, mais gravitent autour de Nathalie et Eugène d’autres personnages attachants et hauts en couleur : les deux vieilles voisines qui ne se parlent plus depuis longtemps, la maman de Nathalie, les parents d’Eugène et le chat du voisin ! Les deux enfants grandissent, ils commencent à avoir des raisonnements d’adultes, mais s’attachent aussi à ce qui a fait d’eux des enfants. C’est toute la difficulté de cette période non définie qu’est l’adolescence. Les histoires d’amour des enfants n’en sont-elles pas encore plus savoureuses ? La rencontre étonnante qui se déroule également sous nos yeux est celle de Véronique Ovaldé (son écriture singulière, son talent de conteuse) et Joann Sfar (son trait, ses couleurs). Elle dit avoir écrit ce texte pour lui mais sans savoir comment il s’en emparerait. Elle comptait sur lui pour ajouter sa touche artistique. Le format est lui-même indéfinissable : entre l’album, le roman graphique, la bande dessinée… Ce qui élargit automatiquement le public auquel il s’adresse. Véronique Ovaldé a créé des personnages atypiques et Joann Sfar leur a donné de la couleur. La complémentarité se fait tout naturellement et les grands yeux expressifs de Nathalie et Eugène ajoutent à la magie. Joann Sfar matérialise également avec brio et vivacité l’humour du texte de Véronique Ovaldé. Ce sont deux rêveurs passionnés qui nous offrent un livre magnifique, poétique, drôle et surprenant. Pour le lire, il faut lâcher prise, oublier la vraie vie, se laisser prendre par la main et faire revivre un peu de notre enfance grâce à Nathalie, une petite Amélie Poulain teintée d’une pointe de rock’n’roll. Une fable à picorer dont on a très envie de connaître la fin (s’il y en a une !), tout en tremblant de voir le nombre de pages s’amenuiser et le point final approcher ! À nous lecteurs de faire le reste…

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