Entretien Entretien avec Alexandre Lacroix

Par Murielle Gobert, Librairie Passerelles (Vienne)

Alexandre Lacroix est philosophe et écrivain. Le lecteur pourrait se demander lequel des deux a pris le dessus dans cette véritable odyssée de la paternité, s’il n’était emporté dès les premières pages par une narration limpide et puissante, et bousculé de tous côtés par une pensée libre, bondissante, qui n’est jamais là où on l’attend.

Pouvez-vous nous raconter votre roman ?

Alexandre Lacroix - La Naissance d’un père est un roman autobiographique où j’ai essayé d’explorer l’expérience de la paternité. Je suis père de cinq enfants et cela fait vingt ans que j’ai toujours eu des couches à changer, des réveils la nuit, que j’ai joué avec eux. C’est tout cela que je voulais raconter du point de vue du père : l’attente des enfants, les grossesses, les naissances mais aussi le souci de l’éducation. J’ai voulu que ce livre soit ample, divisé en trois parties°: d’abord avec mon premier fils à Avignon qui est aussi un personnage du livre°; ensuite avec mes trois enfants à Paris, dans une situation de famille recomposée avec toutes ses particularités°; puis dans la configuration actuelle avec mes cinq enfants. Voilà pour la scansion du livre.

 

Le narrateur de votre livre est confronté à des situations complètement inédites pour lui en tant que parent et sa curiosité pour son nouveau statut de père fait le sel de ce roman. Pourquoi, selon vous, ce ressort romanesque a-t-il si peu inspiré les artistes°?

A.L. - C’est vrai qu’en l’écrivant, je me suis dit qu’il s’agissait, avec ce livre, de combler une sorte de manque, d’absence, à savoir qu’il n’existe pas, à ma connaissance, de roman où le sujet central soit la paternité du point de vue du père. Il existe de très nombreux romans sur la figure du père, mais c’est souvent le fils qui parle et qui est en recherche de cette figure d’autorité et d’absolu. Il existe également beaucoup de romans où l’on raconte l’histoire d’un amour, d’un couple et lorsque les enfants arrivent, ils sont envisagés comme des obstacles et des éléments perturbateurs. Or ici, le couple existe mais il est vraiment en toile de fond car c’est la relation père-enfants qui est prépondérante. Cela donne au roman une sorte d’étrangeté car le centre de narration, ce lien de filiation, est inhabituel. Le reste, la politique, la société existent mais aux confins de cette filiation qui devient le véritable centre de gravité du roman.

 

Ce qui est très marquant dans La Naissance d'un père, c'est votre façon de faire de la littérature avec le quotidien, de le sublimer comme une partie très importante de notre vie, bien que souvent considéré comme banale ou ennuyeux. Est-ce parce que nos enfants nous donnent à découvrir le monde une seconde fois ?

A.L. - Pour ce qui est du traitement, il est vrai que toute la difficulté était de créer du romanesque avec des petits pots, des couches, des balades au square… J’ai essayé de mettre en place un traitement un peu chevaleresque, presque épique, dans la mesure où il me semble que lorsqu'on est parent, on vit réellement des aventures. Les scènes d’accouchement par exemple sont des scènes extrêmement fortes ou tout se joue, tout balance entre la vie et la mort. L’idée était de montrer que la vie d’un père de famille, c’est aussi une vie d’épreuves et qu’il y a là une sorte d’héroïsme ordinaire qui peut secréter du romanesque, quand bien même il s’agit de péripéties banales partagées par tous les parents

 

En somme, vous bousculez beaucoup et de façon très naturelle, les idées reçues sur le ressenti des pères, sur les relations hommes/femmes au moment de devenir parents. Aviez-vous envie de faire tomber les tabous qui résistent sur la masculinité°?

A.L. - C’est vrai qu’il y a une dimension de puériculture dans le roman qui est assumée. À un moment du récit, le narrateur donne des conseils pratiques à une jeune femme et lui explique comment on fait avec le sommeil des enfants, la fièvre, l’alimentation. Tout cela est évoqué et il existe d’ailleurs tout une littérature pratique qui est très présente, mais à vrai dire, ce n’est pas cela qui me passionne. Ce qui m’intéresse, c’est le point aveugle de cette pédagogie, à savoir que, dans notre relation à nos enfants, ce qui se joue est de l’ordre métaphysique, de ce que nous laissons derrière nous. Dans l’ordre des choses, nos enfants sont là pour prolonger la vie au-delà de nous et en vieillissant, nous transférons petit à petit sur eux notre amour de la vie. J’ai souhaité que cette dimension métaphysique irrigue le livre.

 

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