Littérature française
Pierre Lemaitre
Les Belles Promesses
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Pierre Lemaitre
Les Belles Promesses
Calmann-Lévy
06/01/2026
502 pages, 23,90 €
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Chronique de
Jean-Marie David-Lebret
Librairie Lo Païs (Draguignan) - ❤ Lu et conseillé par 25 libraire(s)
✒ Jean-Marie David-Lebret
(Librairie Lo Païs, Draguignan)
Avec Les Belles Promesses, le maître du feuilleton clôt sa tétralogie des Années glorieuses. Un final magistral et désenchanté où le vernis du progrès craque sous le poids des secrets de famille.
1963, la France se transforme à marche forcée : Paris est éventré par le chantier du périphérique, les campagnes bouleversées par le remembrement agricole et le progrès avance en laissant sur le bord de la route une cohorte d’exclus. Au cœur de cette mutation, la famille Pelletier suit un destin inéluctable. Jean, dit « Bouboule », accède au statut de héros malgré lui en sauvant un bébé des flammes. Mais cette lumière fragilise l’équilibre familial : son frère François, journaliste rongé par un dilemme moral, le soupçonne d’être mêlé à de sombres affaires passées. Autour de ce duel fratricide gravite une galerie de personnages mémorables : Geneviève, épouse tyrannique et manipulatrice, Philippe et Colette, aux portes de l’âge adulte, ou Manuel, paysan fils d’immigrés, broyé par la logique productiviste. S'appuyant sur les recherches de l’historienne Camille Cléret, Lemaitre mêle la grande Histoire aux destins individuels. Avec une ironie mordante, il déconstruit l’image d’Épinal des Trente Glorieuses : derrière l’essor du prêt-à-porter, le culte de l’automobile et la foi aveugle dans le progrès, se cachent corruptions, exclusions et violences sociales. Fidèle à sa conception du roman populaire, héritée de Hugo et de Dumas, l’auteur privilégie l’événement, les passions exacerbées et l’efficacité narrative. Après le roman social et l’espionnage, après avoir exploré le Beyrouth de l’après-guerre et les tensions des années 1950, ce quatrième opus met l’intime au premier plan et les passions à vif. Roman d’adieu, Les Belles Promesses souligne ce que le progrès promet et ne tient jamais tout à fait. Si l’on quitte les Pelletier avec nostalgie, l’attente sera de courte durée : Lemaitre annonce déjà une ultime trilogie, couvrant les années 1970 à 1989, et promet une conclusion en apothéose.