Chronique West de Carys Davies

  • Carys Davies
  • Traduit de l’anglais par David Fauquemberg
  • Coll. «Cadre vert»
  • Seuil
  • 03/01/2019
  • 192 p., 19 €
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Eva Halgand Librairie Le Bonheur (Montrouge)

Que ce soit au cinéma, avec le récent Les Frères Sisters, à la télévision, avec la série Westworld, et bien évidemment en littérature avec l’inoubliable Au loin d’Hernán Díaz (Delcourt), le western semble avoir le vent en poupe ces derniers temps. Gageons que ce n’est pas avec le fabuleux texte de Carys Davies que le genre risque de perdre de sa superbe.

Pennsylvanie, XIXe siècle. John Cyrus Bellman élève seul sa fille Bess, âgée de 10 ans. Lorsqu’il apprend dans un journal local qu’on a découvert les ossements de créatures gigantesques, John y voit un signe du destin, une évidence, un objectif, un souffle nouveau qu’il n’a pas ressenti depuis la mort de sa femme. Equipé du strict nécessaire pour partir en expédition, John annonce son départ à sa famille et demande à sa sœur de prendre en charge sa fille pendant ses deux années d’absence à venir. Pendant que l’un part en quête d’un nouveau mystère de l’Ouest, l’autre attend patiemment son retour, auscultant les cartes à sa disposition, rêvant les chemins, les détours et les dangers auxquels il sera confronté, n’imaginant pas que, si le Far West que l’on connaît si mal regorge d’embûches, le danger rôde également tout près de chez soi. Et si John semble avoir trouvé un protecteur en la personne de Vieille Femme de Loin, un jeune Indien qui le guide dans son long périple, Bess, quant à elle, est livrée à elle-même. Et si le plus grand danger était finalement de devenir une femme dans un monde où les hommes ont tous les droits ? En moins de 200 pages, Carys Davies nous entraîne avec elle dans un univers hostile, sans foi ni loi : ce mystérieux Far West. Pari réussi pour cette primo romancière, précédemment auteure de nouvelles, qui parvient à insuffler de la modernité à ce genre parfois un peu poussiéreux. En effet, si la violence est bien présente tout au long de son texte, elle ne se situe pas là où le lecteur l’attend. Chez Carys Davies, ce sont des éléments dont il faut se méfier : ils sont le premier ennemi de l’homme. À moins que ce ne soit le manque qui l’assaille, les regrets et les remords qui l’habitent et le font douter du bien-fondé de sa mission. La violence dont nous parle l’auteure, c’est aussi et surtout celle faite aux femmes à travers le personnage de Bess, cette jeune fille qui comprend qu’elle est en train de devenir une femme dans le regard des hommes. Objet de désir, proie ou encore marchandise, c’est dans le passage à l’âge adulte qu’elle voit sa vie basculer. Le danger rôde, il est omniprésent et Bess n’est finalement qu’une enfant. Comment se protéger ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous voilà bien plongés, avec West, au cœur d’une grande épopée qui nous entraîne, immédiatement et sans nous lâcher une seule seconde, en plein cœur du Grand Ouest américain et dans les tréfonds de l’âme humaine.

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