Bande dessinée

Erell Hannah

Quand j’étais petite je rêvais d’être muse

✒ Anaëlle Libérati

(Librairie Pescalune, Paris)

Prêts pour un cocktail explosif ? À la croisée du récit d'apprentissage, de la réflexion féministe et de l'exploration artistique, Quand j'étais petite je rêvais d'être muse, œuvre intelligente et pleine d'humour, offre un autre regard sur celles qui ont longtemps tenu le rôle de simples inspiratrices.

L'Histoire de l'art est traversée par de nombreux protagonistes qui la tissent et la dessinent au fil des siècles, mais une partie d’entre eux a toujours été minimisée, voire invisibilisée. On les admire sur les toiles des grands maîtres, on les imagine poser au cœur des ateliers d'artistes, on les célèbre par l'intermédiaire des discours des grands créateurs, mais elles demeurent presque toujours absentes et silencieuses. Vous l'avez sans doute deviné, il est ici question des muses. Avec Quand j'étais petite je rêvais d'être muse, Erell Hannah et Maëlle Réat s'attaquent à un mythe et le déconstruisent, brique par brique, offrant un autre regard sur celui-ci et les femmes qui en sont à l’origine. Devenir muse, c'est le rêve de Dana, jeune femme issue d'un milieu modeste qui, une fois le bac en poche, met son projet à exécution. Elle s'installe dans la capitale et devient la muse de plusieurs artistes. Elle est immédiatement conquise : pleine d'un idéalisme sans failles et d'une fascination absolue pour les hommes qui l'entourent, sa vie semble devenir un véritable conte de fées. Mais vous le savez, tout conte de fées cache une terrible réalité. Au gré des rencontres et des premières désillusions, Dana découvre d'autres facettes de son travail qui l’amènent à nuancer le regard qu’elle portait dessus. Elle se sent par ailleurs de plus en plus dépossédée de quelque chose. Animée d'une rage de comprendre et de vaincre, son histoire personnelle se mêle alors progressivement à l'universelle. En s'intéressant à l'histoire des femmes qui l'ont précédée, ce roman graphique offre une vaste réflexion sur la place des femmes dans l'Histoire de l'art et offre de nombreux rebondissements. Sans jamais manquer d'amuser et de faire rire le lecteur, notamment par l'intermédiaire d'une autodérision mordante et d'un florilège d'anecdotes ubuesques, il interroge des sujets bien plus sérieux : les rapports de pouvoir entre artistes et modèles, le regard masculin ou encore les choix de représentations des différents systèmes politiques. C'est ce mélange de divertissement pur et d'apprentissage qui offre à tout un chacun un délicieux moment de lecture. Tout comme le personnage de Dana, chacun est amené à repenser la figure de la muse, lui conférant une nouvelle épaisseur, une nouvelle voix et ce, grâce à l'enchaînement d'expériences intimes. Le dessin de Maëlle Réat accompagne cette démarche avec une sensibilité qui fait dialoguer élégance et expressivité. Il faut conclure simplement : chapeau les artistes !

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