Bande dessinée
Mathieu Palain , Louise Colcombet
Notre affaire

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Mathieu Palain , Louise Colcombet
Notre affaire
L'Iconoclaste
28/08/2025
34 €
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Chronique de
Charline Caron
Librairie De l'encre à l'écran (Le Guilvinec) - ❤ Lu et conseillé par 10 libraire(s)

✒ Charline Caron
(Librairie De l'encre à l'écran, Le Guilvinec)
Dix ans de torture, cinquante et un accusés, il faut regarder le viol dans les yeux. Avignon, décembre 2024, Dominique Pélicot, 72 ans, a reconnu avoir drogué son épouse Gisèle aux anxiolytiques pendant une décennie, pour la violer et la livrer à des dizaines d'inconnus qu'il recrutait sur Internet.
« La honte doit changer de camp », c’est ce que démontre « Le procès Pélicot », une onde de choc et une affaire emblématique qui a dépassé les frontières françaises. Une nouvelle vague mondiale MeToo, suite au geste fort de la victime, Gisèle Pélicot, qui s’est battue pour un procès hors huis clos. Dès lors, « L’affaire des viols de Mazan » expose publiquement comment, dans cette petite ville du Sud de la France, des hommes ordinaires de tous âges et de toutes classes sociales ont été capables d’un crime innommable : les viols répétés et filmés d’une femme inconsciente. La Maison d'édition indépendante L'Iconoclaste a choisi de confier le comité éditorial à Louise Colcombet et Mathieu Palain. Grand reporter et chroniqueuse judiciaire au Parisien, Louise Colcombet a assisté à chaque audience, garante de ce qui s'est dit durant quatre mois à la cour d’assises d’Avignon. Elle est le fil rouge de ce documentaire graphique. Suite à son podcast, « Des hommes violents », et depuis son troisième livre, Nos Pères, nos frères, nos amis (Les Arènes, 2023), mêlant œuvre littéraire et enquête, Mathieu Palain dissèque les rapports de domination dans la société actuelle pour ouvrir la possibilité d'un dialogue entre les sexes. Quatre experts (Baptiste Beaulieu, Liliane Daligand, Walter Albadrier et Anne Bouillon) ont accompagné les récits illustrés. À travers trente séquences, le procès de Mazan sera disséqué, analysé et mis en images par vingt-cinq auteurs. Retenons « Pause déjeuner » (en une planche, la force de Gisèle Pélicot à chaque instant de la vie, même lors d'une pause déjeuner) ou « Le déni des hommes » (un moment éprouvant du procès où les vidéos des viols sont diffusées). Ce travail puissant dénonce les dommages causés par ces prédateurs. Outre la pluralité des artistes et des référents, la puissance du présent ouvrage souligne les rapports de domination dans différents contextes. Quelques sauts dans l'Histoire (« Aix, 1978 », « L'histoire du viol », « Cinquante ans de violences sexuelles dans les médias ») permettent une mise en perspective avec d'autres victimes (Barbara, Éva Thomas, Christine Angot ou Sophie Chauveau) et ainsi interroger la mémoire collective. Ce procès d'anthologie est le point de départ d’un livre choral dans lequel divers styles graphiques enrichissent la pluralité, touchant différents publics, montrant le combat des victimes et luttant contre la banalisation du viol et des violences faites aux femmes. Un livre nécessaire.