Chronique L’Ombre de nous-mêmes de Karine Reysset

Rachel Guitton Librairie Le Failler (Rennes)

Par une composition subtile, Karine Reysset nous dévoile le quotidien d’une mère emprisonnée et de sa fille qui, au dehors, attend son retour. Un beau roman, marqué par des itinéraires bouleversants et chargé d’émotions.

Cela fait à peine un an que la vie d’Alma se résume au quotidien de sa cellule et depuis peu à celui de la nursery, un quartier réservé aux jeunes mères. Incarcérée à la prison de Fleury-Mérogis, elle se raccroche comme elle peut à l’enfant qu’elle vient de mettre au monde et à ceux qu’elle sait dehors. Pour ne rien oublier de son existence en détention, Alma écrit. Elle rédige de longues lettres qu’elle destine à Samuel son ex-compagnon, le père de ses enfants, l’amour de sa vie. Des lettres qui restent sans réponses et qu’elle ne prend même plus la peine d’envoyer, mais qui lui permettent de ne rien oublier, de garder la tête hors de l’eau. Parce qu’écrire est devenue une question de survie, Alma rédige également de petits textes autour de l’enfance en Argentine de Lucinda, sa voisine de cellule, tombée pour trafic de drogue et dont la vie s’est brutalement brisée. De l’autre côté des barreaux, à l’extérieur, Sarah, la fille d’Alma, secouée par le besoin urgent de se confier, se dévoile face à son ordinateur via un journal vidéo en ligne. Elle déroule ainsi le fil de son enfance, son quotidien bousculé d’adolescente, les visites au parloir et la vie qui continue malgré tout. Autour de la correspondance d’Alma, Karine Reysset dessine le portrait de trois femmes. Trois vies entremêlées, trois destins brisés par l’enfermement. Au travers de ces voix, elle poursuit l’exploration de thèmes qui lui sont chers : la naissance d’un enfant, devenir mère, l’adolescence, l’épreuve d’un accident, la solitude, l’amour… S’y ajoute cette fois un très beau travail autour du quotidien de femmes en situation d’emprisonnement. Malgré la détresse et face à l’adversité, ses héroïnes font preuve d’une véritable envie de vivre. C’est ici que réside la force de ce roman : recouvrer la vie après avoir été l’ombre de soi-même.

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