Entretien Les Dix Vœux d’Alfréd de Maude Mihami

Olivier Gallais La Librairie idéale (Paris 7e)

Retour sur le devant de la scène pour Nil ! La célèbre maison d’édition qui a publié le mythique Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates sort trois nouveautés pour le printemps, dont le premier roman de Maude Mihami, Les Dix Vœux d’Alfréd. L’occasion d’en savoir plus sur l’auteure.

Rien ne va plus au Camboudin ! Le jeune Alfréd décide de demander à son Vénérable papi de l’aider à réaliser pas moins de dix vœux avant son prochain anniversaire. Croyez-le, voilà qui ne sera pas une mince affaire. En effet, l’exigence du garçon est sans bornes et son imagination débordante. Suivez les aventures de ces deux compères accompagnés des piliers du bistrot du village – aurez-vous le cœur assez bien accroché pour goûter à la fameuse trouspignole ? –, vous ne le regretterez pas ! Dans un style vif et furieusement original, l’auteure nous embarque dans une contrée mystérieuse au fin fond de la Bretagne. Gouaille et franc-parler nous réjouissent et nous enivrent telle une bonne lampée de notre digestif préféré. C’est festif et l’avantage, promis, c’est que vous n’aurez pas la gueule de bois après consommation de ce roman. On s’esclaffe, on jubile, on s’amuse franchement et, surtout, on se laisse émouvoir. LE livre qu’on a envie d’offrir une fois lu. 100 % anti-déprime !

 

PAGE — Comment vous est venue l’idée du livre ?
Maude Mihami — J’avais deux envies au départ : faire rire les gens (parce que ce n’est pas si facile, je vous assure !) et conserver la mémoire orale de ma grand-mère. Il se trouve que ma grand-mère est une petite bonne femme bourrée d’humour avec des histoires aussi improbables que rocambolesques plein les poches. J’avais là un très bon point de départ ! Ensuite, je voulais depuis longtemps écrire l’histoire d’un petit garçon à la silhouette replète qui aimerait les mots, les gâteaux et aurait une imagination à toute épreuve. J’ai placé mon p’tit gars dans le centre Bretagne des années 1970… et le tour était joué !

P. — Vous avez recréé une langue parlée qui sonne très juste. Comment avez-vous procédé ?
M. M. — J’ai passé beaucoup de temps avec ma grand-mère, je me suis baignée dans son franc-parler, mélange de malice, de gallo (patois local) et d’humour. Mamie est douée d’une répartie que je lui envie. Elle est si espiègle ! Elle ne rate jamais une occasion. Parallèlement, j’ai effectué un gros travail sur ma propre manière d’écrire. J’écris beaucoup de textes – des nouvelles principalement – avec un souci de recherche stylistique orientée vers une langue poétique. J’ai dû me débarrasser des adjectifs, des adverbes, des périphrases qui revenaient sans cesse à la charge pour aboutir à une langue brute, vive et directe qui rende hommage à la gouaille si savoureuse de mes personnages. Me dépouiller des fioritures, des descriptions, pour ne garder que l’os mis à blanc, n’a pas été facile. Comme quoi, il n’est pas évident d’écrire simplement !

P. — Vous avez été libraire cosmopolite dans une autre vie. Cela vous a-t-il aidé à mieux répondre aux attentes du lecteur ?
M. M. — Je n’ai pas écrit en pensant « cela devrait plaire aux lecteurs » ou « si je mets telle phrase, je vais les séduire » mais il est certain que mon expérience de libraire m’a permis d’aiguiser mon regard : j’ai travaillé dix ans en librairie et j’ai pu constater que, souvent, l’offre en matière de littérature humoristique manquait de générosité. Or, il s’avère que les clients en étaient friands. Je me souviens d’une fois où nous avions monté une vitrine « anti-prozac » avec un collègue. Nous y avions présenté un panel de littérature humoristique venue des cinq continents. La vitrine avait rencontré un succès fou. Les clients revenaient en nous disant : « j’ai adoré le titre que vous m’avez conseillé, cela fait du bien de rire, auriez-vous autre chose ? ». Cet engouement m’a donné à réfléchir.

P. — Avez-vous été influencée par des auteurs pour ce premier roman ?
M. M. — Curieusement, ce sont des auteurs que je ne lis pas habituellement qui m’ont ouvert la voie. Je pense en particulier à Jim Dodge avec son Oiseau Canadèche (Cambourakis). J’ai rarement autant ri toute seule ! Je suis sensible aussi à l’humour « nordique », je pense notamment à Imaqa de Flemming Jensen (Gaïa) qui raconte les tribulations d’un professeur danois envoyé enseigner au Grœnland. J’ai adoré les personnages, leurs petites vacheries et le comique de situation. Si je remonte plus loin, le regard innocent du Petit Nicolas sur le monde des adultes m’a également beaucoup marqué. Lorsque je l’ai lu vers 8/9 ans, j’ai découvert les possibilités incroyables qu’offrait une lecture à plusieurs degrés. Cet humour (faussement !) naïf m’est apparu comme un moyen fabuleux de dire des choses dures sans tomber dans le pathétique ou la méchanceté.

P. — Envisagez-vous d’écrire un second opus ?
M. M. — Oui, je me suis déjà lancée dans la suite ! Je me suis attachée aux personnages et j’ai envie de continuer avec eux un joli bout de chemin. Je ne pouvais pas me résoudre à abandonner certaines histoires, notamment d’amour (attention spoiler !). Elles méritent d’être mises en lumière. Et puis, il me reste tant d’anecdotes hilarantes en réserve ! Les p’tits vieux de mon bistrot ont encore beaucoup à apprendre au jeune Alfréd ! On ne se défait pas comme ça d’une si joyeuse troupe, croyez-moi !

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