Chronique Le Patient de Timothé Le Boucher

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Après sa BD fantastique Ces jours qui disparaissent (Glénat), primée de nombreuses fois et sélectionnée en 2017 au festival d’Angoulême, on attendait avec impatience le nouvel album de Timothé Le Boucher. Cette fois, il s’attaque avec brio au thriller psychologique avec son nouveau roman graphique Le Patient.

Dans un petit village, une jeune femme déambule, hagarde, le regard vide. Elle porte des traces de sang et un couteau à la main. Les deux policiers qui l’interpellent la reconnaissent bien vite comme étant Laura, l’adolescente un peu attardée de la famille Grimaud et se rendent à son domicile. Là-bas, le constat est sans appel : elle n’a laissé aucun survivant, à l’exception de Pierre, lardé de nombreux coups de couteau. Il est dans le coma et ne s’en réveillera que six ans plus tard, affaibli et souffrant de cauchemars terribles. Impossible pour lui de se souvenir de cette nuit de massacre. Anna Kieffer, psychologue de renom, décide de s’en occuper. Elle connaît très bien l’affaire Grimaud intitulée par la presse « le massacre des Corneilles », car elle a pu prendre en charge la jeune Laura après la tuerie et peu avant qu’elle ne se suicide. Pour percer le mystère de ce patient, elle va tenter l’hypnose pour le replonger peu à peu dans des pans de son histoire familiale et se rapprocher de cette nuit fatidique. Très vite, entre ces deux personnages, va s’installer une relation ambiguë, entre attirance et répulsion. Dans Le Patient, Timothé Le Boucher distille une ambiance trouble, un jeu pervers entre deux personnalités qui se révèlent plus complexes qu’il n’y paraît. Qui manipule qui ? Lequel tombe sous le charme de l’autre ? Il étoffe son histoire avec des personnages secondaires abîmés par la vie qui cherchent eux-mêmes une solution. Il apporte des éléments qui épaississent le récit, approfondit davantage la psychologie des personnages et appuie ainsi l’intrigue principale. On y retrouve aussi des thèmes déjà abordés dans son premier album, comme la double personnalité, la perte de la mémoire, la dissimulation. En se jouant de la temporalité (ellipse, flash-back), il fait monter la pression de ce huis clos en milieu hospitalier. Son dessin, qui mélange allègrement le style franco-belge et le manga, est efficace et sert bien le récit. Il ne s’embarrasse pas de détails mais reste élégant. Les cadrages et son découpage très précis font indubitablement penser à une forte influence du cinéma. La colorisation dans les tons unis accentue le côté froid et volontairement clinique de l’histoire. Timothé Le Boucher réussit le pari de nous tenir en haleine : il multiplie les fausses pistes et s’autorise de jolies pirouettes scénaristiques dans une atmosphère étrange d’où émane un certain malaise qui lui permettent de maintenir une tension dramatique jusqu’aux dernières pages.

Ludovic Cadieu Librairie Le Failler (Rennes)

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