Votre nouvelle série en quatre tomes nous plonge dans un manoir mystérieux, une dynastie richissime et une atmosphère presque gothique tout en mêlant plusieurs genres (épouvante, fantastique, romance et saga familiale). Comment est née l’idée d’Eversand, son emplacement, son histoire et ses particularités ?
Victor Dixen Ce récit est né du désir de mettre en perspective l’histoire des États-Unis. Ce pays, où je vis depuis des années, continue de me fasciner à travers ses paradoxes. En imaginant l’épopée d’une dynastie américaine sur plusieurs générations, c’est aussi le destin de cette nation-continent que j’explore, de la guerre de Sécession jusqu’à nos jours.
À Eversand, tout semble figé dans une atmosphère très XIXᵉ siècle alors que l’histoire se déroule à notre époque. L’absence de réseau téléphonique et l’isolement de l’île donnent l’impression d’un lieu hors du temps. Était-ce une manière pour vous de créer une sorte de monde parallèle à l’intérieur même du monde réel ?
V.D. Je suis un amoureux de la littérature gothique américaine et en particulier du sense of place qui y est cultivé : le ressenti d’un lieu de manière symbolique et psychologique. Je pense aux œuvres d’Edgar Poe et de Shirley Jacskon – notamment The Haunting of Hill House. J’ai ainsi voulu revisiter le thème de la maison hantée qui me magnétise. Le manoir d’Eversand Hall est plus qu’une simple demeure : c’est un personnage à part entière, avec ses humeurs imprévisibles et ses sombres secrets.
La fonction de « suivante » est un rôle très particulier, presque archaïque. Comment avez-vous imaginé ce dispositif narratif qui place l’héroïne dans une position à la fois intime et très subalterne au cœur de la famille Rosemore ?
V.D. La structuration sociale des grandes maisonnées victoriennes me fascine, avec ce mélange d'intimité et de distance entre maîtres et domestiques. En littérature, je pense par exemple à la gouvernante de Rebecca de Daphne du Maurier. En catapultant une jeune femme de notre époque – Birdie – dans un tel univers archi-hiérarchisé, j’ai voulu en démonter les rouages.
Les Mystères d’Eversand arrivent avec un rythme de publication très rapproché. Était-ce important pour vous que les lecteurs puissent enchaîner les tomes rapidement, presque comme on suit une série ?
V.D. Ces quatre tomes s’inscrivent dans le rythme feuilletonnant du XIXe siècle. Je nourris une admiration profonde pour des auteurs comme Alexandre Dumas, Eugène Sue ou Émile Zola, capables de tisser des récits-fleuves où la peinture de la société et de l’âme humaine se mêle au grand romanesque. Comme le dit Birdie, étudiante américaine en littérature française, « les Rosemore sont aussi tordus que les Rougon-Macquart ». Ils se situent quelque part entre les personnages de La Curée et ceux de la série télévisée Succession.
Sans rien révéler de la suite, avez-vous semé dans ce premier tome des indices que les lecteurs ne comprendront pleinement qu’après avoir découvert les tomes suivants ?
V.D. Oui, bien sûr ! Quand je lis une saga, j’essaye de déceler les détails et secrets qui se développeront dans les tomes suivants. J’y accorde un soin particulier quand je prends la plume. Dans ce premier tome, j’ai planté plein de graines destinées à germer et devenir des fleurs du mal : elles formeront, à la fin de la saga, un jardin luxuriant !
Après plusieurs grandes sagas destinées à un lectorat plutôt adolescent, vous vous tournez avec Les Mystères d’Eversand vers un public plus adulte. Cela a-t-il changé votre manière d’aborder la construction de l’histoire, les thèmes que vous explorez ou la façon de construire vos personnages ?
V.D. La littérature ado ou young adult est aussi beaucoup lue par des adultes parce qu’ils y trouvent un souffle d’aventure et de romanesque dont on a besoin à tout âge. J’ai pu le constater lors de séances de dédicaces pour mes sagas précédentes. Pour Les Mystères d’Eversand, je me suis attaché à conserver ce souffle tout en changeant de regard sur le monde. Je ne le vois plus à hauteur d’adolescent, comme dans Phobos ou Vampyria, mais à hauteur d’adulte à travers les yeux de Birdie, qui s’est déjà maintes fois heurtée à la dureté du réel et qui cherche une forme de rédemption.
Birdie Baker pense avoir trouvé un nouveau départ en décrochant un poste de suivante au manoir d’Eversand. Cachée sur une presqu’île de Rhode Island, la bâtisse semble tout droit sortie d’un roman du XIXᵉ siècle. Son personnel y accepte sans discuter des règles strictes. Birdie se réjouit pourtant de ce travail consistant à lire des poèmes et cueillir des roses. Mais un sentiment d’étrangeté s’insinue peu à peu. Tandis que la famille Rossmond se réunit pour une étrange fête hivernale, Birdie comprend qu’elle ne devrait peut-être pas rester dans les parages. Victor Dixen démarre une saga addictive dont les mystères donnent aussitôt envie de tourner les pages et de se précipiter sur le tome suivant !