Littérature étrangère
Arundhati Roy
Mon refuge et mon orage
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Arundhati Roy
Mon refuge et mon orage
Traduit de l'anglais (Inde) par Irène Margit
Gallimard
12/02/2026
24 €
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Chronique de
Margot Bonvallet
Librairie Passages (Lyon) -
❤ Lu et conseillé par
5 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Charles-Henri Bradier de L'Écritoire (Semur-en-Auxois)
- Caroline Gelly de Le Chat borgne (Belfort)
- Margot Bonvallet de Passages (Lyon)
- Nathanaëlle Reynard de L'astucieuse renarde (Bedoin)
✒ Margot Bonvallet
(Librairie Passages, Lyon)
Un nouveau texte de la grande autrice du Dieu des Petits Riens est toujours une promesse de nuances et de vérités. Laissons-nous transporter par l’histoire qu’elle a ici élaborée, la sienne, celle de son pays et celle du lien avec sa mère.
« Dans ces pages, ma mère, ma gangster, vivra. Elle était mon refuge et mon orage. » Arundhati Roy nous livre son récit le plus personnel et nous amène à le lire comme s'il s'agissait d'un roman. Et c'est bien ainsi que, dès les premières pages, on est emporté par la manière de secouer les phrases et les idées pour les ajuster, tout en réinventant le sensible, nous rappelant que « la plupart d'entre nous est un mélange vivant et palpitant de mémoire et d'imagination ». Un récit qui déploie une réelle puissance romanesque tout en rendant un hommage nuancé de l’auteure à sa mère, la redoutable Mary Roy, capricieuse, intrépide et impitoyable. Mary Roy était une enseignante, une féministe et une activiste pour les droits des femmes en Inde, une mère célibataire à l'écoute de ses élèves mais dure avec ses enfants. À la fin des années 1970, l’autrice fuit le foyer familial, « pour survivre », découvre la liberté à Delhi, vit ses premières amours, arpente le monde de l’architecture puis du cinéma et se voit couronnée d’un succès international dès son premier roman. Le pays lui aussi était en plein changements politiques qui sont – explicitement et implicitement – le sujet de la seconde moitié du livre, où seront livrés, avec une verve fine et impressionnante, le militantisme contre l’injustice. Ce qui rend ce récit impossible à lâcher, c’est le va-et-vient constant entre la bienveillance et l’oppression, et la sérénité voire l’humour avec lesquels la narratrice supporte les blessures, jusqu’à nous faire nous interroger sur ce qui nous pousse à aimer nos oppresseurs. Une façon admirable d'exorciser de vieux souvenirs en les regardant dans les yeux. Mon refuge et mon orage est un parcours impressionnant de sincérité et de finesse, sans regrets, mensonges ou nostalgie, et une si juste réflexion sur l’écriture pour enfin toucher du doigt ce que pourrait être la liberté sans concession.