Polar

Kate Foster

Le Baiser de la demoiselle

✒ Valérie Rochette

(Librairie Un monde à soi, Roanne)

Kate Foster a grandi près d’Édimbourg et s'est inspirée d'une histoire de fantôme qui l'a terrifiée enfant : cette revenante était une femme féroce, condamnée à la décapitation pour avoir assassiné son amant.

En 1679, à Édimbourg, Lady Christian Nimmo est condamnée : elle aura la tête tranchée pour avoir attenté à la vie d'un homme, son oncle, Lord Forrester, avec une épée. Avec néanmoins un adoucissement de sa peine : ce n'est pas la hache du bourreau qui détachera sa noble tête mais « la demoiselle », équivalent de la célèbre guillotine, mécanisme conçu pour abréger « sans souffrances » la vie des membres de la noblesse. Depuis son cachot, Christian, la femme adultère, la putain, la meurtrière, se remémore les événements de l'année qui vient de s'écouler. Un an auparavant, elle était une jeune mariée respectable, heureuse d'avoir trouvé un mari, alors que sa mère la voyait déjà vieille fille. Si la gent féminine est corsetée par les conventions de l'époque, les hommes, eux, jouissent d'une grande liberté. Surtout, ils ont le pouvoir de décider du sort des femmes, les leurs et toutes les autres. On alterne entre le point de vue de Lady Christian Nimmo et celui de Violet Blyth, une prostituée, unique témoin du meurtre. La construction du récit, fait de retours en arrière, en augmente la tension dramatique. On démêle peu à peu la toile d'araignée tissée par un prédateur sexuel, l'oncle « charmant », piège dans lequel la jeune fille, certes naïve, est tombée. Le mécanisme de l'emprise est parfaitement décrit et quand les yeux de Christian se décilleront, il sera trop tard. Le tribunal n'envisage pas un instant la culpabilité de Lord Forrester, la notion de consentement n'étant vraiment pas à l’ordre du jour ! Roman historique autant que thriller féministe, l'ouvrage de Kate Foster est une plongée au cœur d'une affaire criminelle, redonnant sa voix à la personne cachée derrière un fantôme effrayant. Il nous rappelle que l'Histoire, racontée majoritairement par les hommes, efface les femmes.

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