Chronique Glen Affric de Karine Giebel

Anne-Sophie Poinsu Librairie Le Failler (Rennes)

Karine Giebel, autrice française incontournable de la littérature policière, nous propose, après le recueil de nouvelles Chambres noires (Belfond et Pocket), l'excellent Glen Affric qui, malgré sa longueur, se lit d'une traite ou presque ! La romancière a depuis toujours l'art de construire des intrigues sombres autour de personnages forts.

Il y a longtemps que Mona a compris que pour elle et les siens, la vie était tout sauf un long fleuve tranquille. Seize ans plus tôt, son fils Jorge a été arrêté pour un double homicide particulièrement violent. Bien qu'il ait partout clamé son innocence, le tribunal l'a reconnu coupable. Après avoir purgé une peine un tant soit peu diminuée, il rentre à la maison. Il devra désormais vivre sans père puisque ce dernier s'est suicidé. Il va toutefois rencontrer son jeune frère, Léonard, qu'il croyait parti en Écosse, à Glen Affric. Il faut dire qu'avec Léonard, même les histoires les plus incroyables peuvent trouver un écho. Léonard est à lui seul une drôle d'histoire. Comme Mona, sa maman d'adoption, aime à le lui raconter, elle l'a trouvé dans un fossé le jour de la Saint-Léonard. Il était perdu et sauvage comme un petit animal blessé. Ce qu'il a vécu les premières années de sa vie, nul ne le sait vraiment mais des traces de cette existence subsistent en lui. Léonard a bien conscience qu'il est différent et entend les caïds de l'école lui cracher à longueur de journée : « Léo le triso, Léonard le bâtard ». Le fils du médecin et sa clique profitent de sa naïveté pour le racketter et promettent de s'en prendre à sa mère qui est tout son univers. Les rares amis de Léo lui recommandent d'en parler à Mona mais il a tellement peur pour elle qu'il préfère se taire. Jusqu'au jour où la situation échappe à tout contrôle et que se produit une impensable tragédie, juste au moment où une accalmie bienvenue semblait se profiler à l’horizon. Jorge espérait lui aussi un nouveau départ mais il écope d'une deuxième condamnation, celle des villageois qui ne voient en lui qu'un abject meurtrier. À 20 ans, Jorge avait l'avenir devant lui, il voulait étudier, était parti voyager. Désormais, tous ses rêves ont un goût de cendre. « C'est con la vie » des fois. Karine Giebel explore à nouveau le milieu carcéral et le système judiciaire français qui abritent bien des failles et pulvérisent des innocents. Au cœur de ce thriller psychologique aux accents de roman noir, le thème de la différence et du rejet qu'elle provoque est exploité avec un grand réalisme, de même que la noirceur de l'âme humaine. Giebel dresse également des portraits lumineux, attachants et proprement inoubliables. Le lecteur s'en trouve tour à tour glacé, saisi, chaviré et ému. L'on se prend à rêver aux côtés du tendre Léo à un ailleurs, aux antipodes de ce monde cruel, à Glen Affric symbole d'un endroit paisible et d'une vie enfin douce.

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