Chronique Un fils obéissant de Laurent Seksik

Marie-Lys De Cerval La librairie idéale (Paris)

Prenant le lecteur comme dépositaire de ses émotions après la mort de son père, Laurent Seksik le met face à sa propre conscience. Voilà la force de son écriture qui place l’intime au service de l’universel.

Maître en l’art de l’exofiction, Laurent Seksik surprend en utilisant le « je » pour la première fois. Se mettant à découvert, il se livre et expose ses sentiments, confronté à la perte d’un être cher. Lorsque le roman commence, l’émotion surgit immédiatement ; la nostalgie nous saisit pour ne plus nous quitter. La situation est énoncée d’emblée : il y a un an, l’auteur perdait son père. Dans une salle d’embarquement, il se rend à la célébration de ce malheureux anniversaire. De là, s’installe un va-et-vient entre passé et présent où il se remémore sa jeunesse. Au travers de ses souvenirs, c’est toute la complexité des liens familiaux qui est explorée. Émergent alors les thèmes de l’accomplissement, de l’affirmation de soi, de la construction d’une identité propre. On est également emporté par un puissant souffle romanesque, propulsé au cœur de l’Histoire. L’auteur évoque le temps où son père, doté d’une verve prodigieuse, lui contait des épopées trépidantes comme celle de ce grand-oncle né dans le Sud de l’Algérie puis enrôlé dans les tranchées en 1914. Dans sa bouche, les personnages prennent une ampleur extraordinaire : il est drôle, nous captive, nous émeut. Ainsi, ce roman sur la perte, sur l’absence, est pourtant plein de vie, empreint d’une grande douceur. Jusqu’au moment où une course contre la montre commence. Le narrateur dépeint ce moment terrible, quand la mort du père est imminente. S’en suivent des lignes d’une intensité rare. Le temps suspend son envol. Face à la terreur de la séparation, au moment des adieux, l’écriture se fait vibrante. L’adoration du fils est palpable à chaque ligne, à chaque mot. Ce roman libérateur est surtout une magnifique déclaration d’amour. Résonne au fil des pages la beauté des liens qui perdure et unit les êtres par-delà la mort.

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