Chronique Love Me Tender de Constance Debré

Dans ce roman aussi dérangeant que bouleversant, le prix de la liberté n’est pas une simple formule de rhétorique. Un choix de vie épurée, à l’essentiel et dans une recherche de vérité quoi qu’il en coûte.

Aime-moi tendrement nous demande le titre et on aurait tort de baisser la garde si facilement. Les premiers arômes n’exhalent pas vraiment onctuosité et quiétude. C’est rugueux, ça égratigne, ça éclabousse. Constance Debré ne cherche pas à envelopper ce qu’elle vit ou écrit dans du papier de soie. Elle livre sa vérité toute nue. Tenus à distance au bord du bassin de natation par cette grande femme au « fils de pute » tatoué sur le ventre, nous nous heurtons aux angles. Nous avançons en apnée, en nous cognant aux mots incisifs pour raconter un immense chagrin. La femme de l’histoire a quitté un mari, un métier, une vie dans la norme pour vivre son homosexualité et être simplement elle-même. Son mari la prive de son petit garçon de façon abjecte. Elle apprend alors à devenir une mère sans enfant, une femme profondément tragique et admirablement libre. Ce roman singulier ne cherche pas à plaire, ni à rendre la narratrice sympathique. Il expose les faits qu’elle toise frontalement avec ce qui pourrait passer pour une certaine froideur mais que l’on pourrait nommer aussi protection et droiture. Dans cette société pailletée où la réussite doit être économique et l’amour maternel une notion non discutable, c’est à la fois un uppercut et une intense jubilation. L’auteure nous montre un chemin et un regard différents. « Je ne vois pas pourquoi l’amour entre une mère et son fils ne serait pas exactement comme les autres amours. Pourquoi on ne pourrait pas cesser de s’aimer ? » Quelle incroyable question ! Alors elle se contente de vivre au jour le jour, délestée de tout fardeau matériel. Un parcours malaisé où il lui faudra louvoyer entre les conseils bien intentionnés et autres jugements implacables. On referme le livre ému, bouleversé en souhaitant que, quelque part, quelqu’un l’aime tendrement.

Muriel Balay Librairie Sauramps Comédie (Montpellier)

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