Dossier Le Meurtre du commandeur, Livre 2 de Haruki Murakami

  • Haruki Murakami
  • Traduit du japonais par Hélène Morita avec la collaboration de Tomoko Oono
  • Coll. «NULL»
  • Belfond
  • 11/10/2018
  • 23 p., 90 €
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Eva Halgand Librairie Le Bonheur (Montrouge)

Il aura fallu pas moins de dix-huit mois à Hélène Morita pour traduire le dernier texte d’Haruki Murakami. Références à Lewis Carroll et à Wolfgang Amadeus Mozart, personnages au phrasé haut en couleur, imaginaire sophistiqué, voilà un aperçu de ce que nous réserve le maître des lettres japonaises.

Quelques années après la parution de son magistral 1Q84 (Belfond), l’impatience commençait à nous gagner. Voilà donc notre attente bien récompensée par l’arrivée du nouveau roman du grand Haruki Murakami. Deux volumes, 1 000 pages, il n’en fallait pas moins pour satisfaire notre appétit de mystère. Tout commence lorsque le narrateur de cette histoire apprend que sa femme a décidé de le quitter après six années de vie commune. Après quelques semaines passées à sillonner le Japon, le hasard fait qu’un ancien camarade d’université lui propose un hébergement. Il s’agit de la maison de son père, un peintre, tout comme lui, dont la renommée n’est plus à faire. Après s’être essayé au style occidental, le vieil homme, désormais installé en maison de retraite, s’est illustré dans le nihonga, la peinture japonaise traditionnelle. Pourquoi ce revirement soudain ? Que s’est-il passé dans les années 1940 pour qu’il change ainsi de trajectoire ? C’est loin d’être le seul mystère qui plane sur les lieux puisque la maison, isolée en haut d’une montagne, regorge de secrets. On y trouve un tableau intitulé « Le Meurtre du commandeur », caché dans le grenier et qui fascine notre narrateur ; une clochette ensevelie sous un tas de pierres qui tinte toutes les nuits – mais qui peut bien la faire sonner ainsi sous terre ? Un voisin, qui ne semble pas installé dans le coin par hasard, s’intéresse à tout ça de très près. Ce voisin, c’est Wataru Menshiki, un riche homme d’affaires qui a demandé au narrateur de faire son portrait en échange d’une très grosse somme d’argent. Mais n’ayant pas peint depuis plusieurs mois, il se voit dans l’impossibilité de mener à bien ce travail : lui qui a l’habitude de saisir l’essence des gens et de la retransmettre à travers ses œuvres ne parvient pas à sentir ce qui anime Menshiki. C’est l’occasion d’essayer d’en apprendre un peu plus sur lui à travers de grandes discussions autour de la musique et de la peinture. Passant d’un art à l’autre, Murakami partage avec le lecteur ses passions et sa manière de les appréhender. C’est également un prétexte pour mettre face à face art occidental et tradition japonaise. Comme souvent chez l’auteur, l’histoire est envoûtante, le cadre est inquiétant et les frontières entre réel et imaginaire s’effacent sans pour autant que cela nous paraisse étrange. Au même moment paraît chez Belfond De la musique, un dialogue enrichissant entre Haruki Murakami et Seiji Ozawa, l’ancien chef d’orchestre, qui n’est pas sans rappeler le dernier opus de l’auteur et donne un autre éclairage sur son œuvre.

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