Chronique Homicide, une année dans les rues de Baltimore de Philippe Squarzoni, d’après le livre de David Simon

Anaïs Guillemet Librairie Gibert Joseph (Paris 13e)

Homicide, une année dans les rues de Baltimore est le premier tome d’une série qui en comptera cinq. Dans ce premier volet, c’est dans les bureaux de la section Homicides de la ville de Baltimore, que Squarzoni nous fait entrer. Bienvenue au cœur d’un système qui s’effondre.

Philippe Squarzoni est un excellent raconteur d’histoires. Il l’a prouvé dans ses BD précédentes. Par exemple, en analysant la politique avec Dol, ou le changement climatique à travers Saison brune (Delcourt). Il s’attaque aujourd’hui à un monument : Baltimore, une année au cœur du crime, de David Simon (Points), adapté en série par son auteur sous le titre fameux The Wire. Il nous emmène au cœur de la police de Baltimore, où nous découvrons le quotidien de sept policiers. En adoptant le ton froid du journaliste, il dépeint des hommes blasés. Jour après jour, d’un cadavre à l’autre, l’auteur met son lecteur face à l’horreur du quotidien de la ville. De détails techniques en répétitions, les cases figées de la BD composent un véritable rapport documenté de la violence ambiante. Squarzoni nous place dans la peau et la tête de personnages qui se succèdent mais ne se ressemblent pas. Ils sont tous policiers, intégrés au système, mais n’ont pas les mêmes méthodes, le même caractère… et n’en sont pas tous au même stade d’abandon. Les affaires qui s’enchaînent aussi vite que les corps s’effondrent, les dossiers qui s’empilent et le téléphone qui sonne, brisent le silence morose des lieux. C’est grâce à son utilisation graphique et textuelle du temps, qu’il nous plonge dans cette routine glaçante et désabusée. Les couleurs utilisées en aplats neutres jouent le jeu des contrastes, lorsqu’elles se cognent au rouge violent et visible du sang, ce rouge représentant la violence et la mort qui surgit inlassablement dans le quotidien gris et sale de Baltimore. C’est au milieu de ce tableau que se glisse la critique sociale d’un système qui pourrait s’appliquer à notre réalité. Il dépeint une ville vide où tout le monde voit, mais où personne ne témoigne, où les meurtres sont (parfois) élucidés, mais où le crime continue de sévir. La hiérarchie, la politique, la circulation des armes, de la drogue… tout y passe. Squarzoni met en place une atmosphère froide où le caractère inéluctable de la violence se confronte à l’inutilité du travail de ceux qui ont parfois arrêté de se battre. La comédie hypocrite qui se joue sans cesse dans les rues, dans les bureaux de la police, les salles d’interrogatoires, symbolise l’impuissance d’un système qui se noie dans ses propres limites. À Baltimore, les normes se déplacent et se recréent en dehors des cadres et de la loi. Ce premier tome très réussi nous plonge au cœur d’une dépression latente, nous fait entrer dans la tête de l’homme se tenant debout face à celui qui tombe. « Si tout se passe bien, vous bouclez quelqu’un cette nuit. Si rien ne se débloque, vous attendez quelques semaines que les résultats reviennent du labo. Et si rien de tout ça n’aboutit, c’est une toute petite partie de vous qui meurt. » Une histoire humaine et sociale dans laquelle Squarzoni nous immerge avec brio.

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