Dossier Botanique circus de Frédéric Clément

Par Yolande Bastian, Bibliothèque de Sarrebourg

Pour sa parade de Noël, Monsieur Loyal a convoqué une étrange brochette d’artistes : cueilleurs de musiques, jardiniers de couleurs, acrobates du mot, tour à tour espiègles, tendres, nostalgiques… Voici quelques pages magiques pour barioler l’hiver et jongler avec le rêve, les mystères, la poésie.

Dans l’album Cirque magique, Freddie Fresco trimballe sur la Grand-Place sa roulotte aux couleurs écaillées et aligne scrupuleusement ses malles en osier, en acier, en papier. De ces vieilleries toutes cabossées s’échappent soudain des acrobates, des clowns à la fois drôles, ridicules et timides, des enfants ourlés de plumes qui s’envolent vers les étoiles, un cortège de monstres, un homme-orchestre et une femme-fanfare, une fillette aux papillons, des animaux au pelage déchiré, un fakir qui fait valser les arbres et courir les lianes… Au rythme d’une fanfare imaginaire, les mots tout fous, tout doux dansent sur les pages, en caractères énormes ou minuscules, alignés, éclatés ou ondulés, à l’endroit ou à l’envers. Les illustrations qui jonglent entre les saveurs orientales, les couleurs fanées, les détails scrupuleux et les caricatures, s’intègrent délicatement au texte et proposent un spectacle poétique, tendre, fantastique. Un immense bravo à l’auteur Philippe Lechermeier et à l’illustratrice Sacha Poliakova qui, ensemble, signaient hier une jolie leçon de tolérance dans l’ouvrage Quand j’étais loup, et qui aujourd’hui arrosent de lumière les strapontins poussiéreux.

L’Enfant du cirque raconte la vie d’Ellen, jolie fillette aux boucles blondes et au corps de caoutchouc, « entrée dans l’arène » à l’âge de 6 ans. Hier encore, elle quittait en cachette sa cage d’escalier pour venir s’asseoir en équilibre sur un parapet glacé et observer les petits vendeurs du port, et voici qu’à présent, c’est elle qui se montre au public. Elle est devenue Elisaveta, petit ange du cirque Formidable, frêle contorsionniste désormais minutée entre les échauffements impitoyables, les pirouettes dangereuses et les brutalités de la directrice, Madame Zénitha. Derrière les frissons et les applaudissements, l’enfant tait cependant une douleur secrète gravée sur le cœur : en quittant son petit appartement étriqué, l’enfant a aussi perdu sa maman. Certes, la famille du cirque est aussi multiple qu’originale et la fillette évolue à présent entre des « oncles » intermittents ou d’invariables « cousins » : il y a là Fleur, petite danseuse aux clavicules saillantes, Eskil, le dresseur de chevaux aussi sombre que ses chevaux sont blancs, Stanislaw le violoniste qui joue de beaux airs de polka ; il y a aussi Mary Magnificence, la trapéziste qui effectue dans les airs des vrilles et des saltos pour retomber amoureusement dans les bras du bel Enrico ! Il y a encore Signor Rosatti, illusionniste à la vie comme à la scène, et Waldo, la généreuse femme à barbe… Mais les parfums mêlés de sciure de bois, de talc, de lampe à pétrole, de sueur âcre et de vieux tissu pourront-ils faire oublier les odeurs d’hier ou altérer les senteurs de demain ? L’auteur suédois, Camilla Lagerqvist, signe son premier roman traduit en français : si les paysages y sont traversés d’embruns gelés et de neige, l’émotion et le rayonnement palpitent dans les cœurs.

La Revanche du clown évoque l’histoire d’un malheureux clown, solitaire et pataud, qui est renvoyé du cirque. Avant de s’en aller, il brise les grilles de la ménagerie puis s’enfuit au cœur de la forêt. L’un après l’autre viennent le rejoindre l’éléphant, le lion, le cheval, le tigre, l’ours, les chiens… Le clown se met à jongler avec adresse pour ses nouveaux amis. Le public est conquis ! Une vie nouvelle va renaître, loin du chapiteau. L’histoire se déroule sans mots, sans fracas, avec très peu de couleurs : beaucoup de noir, de blanc, de marron, quelques larmes rouges… Les personnages réalisés en papier déchiré sont à peine esquissés. Pourtant, de ces formes sobres et efficaces naissent des phrases muettes avec des sentiments, des larmes, des émotions, des sourires, des instants. Sara, l’illustratrice de l’album, a pratiqué cette technique du papier déchiré dans de nombreux ouvrages précédents et met toujours en scène avec la même délicatesse un chien, un rat, un loup, une forêt, un port… Avec ses seuls bouts de papier, elle est la magicienne du verbe et de l’imaginaire.

Avec Botanique Circus, Frédéric Clément nous invite à un spectacle totalement inédit. Il décline, dans un petit livret-théâtre, l’histoire de Monsieur le Géant aux feuilles de chou, interpellé par le piment en costume rouge et invité à se joindre à la cavalcade des petits lutins des squares et des jardins : le charmeur de capucines, mademoiselle Liseron, Marco, lanceur de coquelicots, Ciboulette le clown avec ses petits radis, Rose Ronsard, Narcisse et Narcisse, les rois de l’illusion, etc. Et si le géant hésite encore, un petit ange en cage saura peut-être le convaincre ! L’histoire s’effeuille dans un tourbillon d’affiches à la fois gracieuses, poétiques et surréalistes. Et puis la surprise du spectacle est révélée dans un pop-up glissé secrètement sous la couverture : un petit amour sommeille sous l’accordéon de fleurs. Une merveille de poésie et de fraîcheur !

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