Bande dessinée

Bart Pavel

Belle de soie

TB

✒ Thomas Baur

(Librairie L'Infinie Comédie, Bourg-la-Reine)

Entre conte médiéval teinté de fantastique, complots politiques et passions destructrices, Pavel Bart compose, avec Belle de soie, un premier roman graphique d’une grande richesse visuelle et narrative. Un nouveau talent de la BD à découvrir au plus vite.

Après avoir refermé le bel ouvrage de Pavel Bart, il est difficile de croire qu’il s’agit ici de sa première œuvre tant Belle de soie impressionne par sa maîtrise, dans le trait comme dans la construction du récit. L’auteur et illustrateur, qui assure également la colorisation, nous entraîne dans le royaume médiéval imaginaire de Lusignes, rongé par une étrange peste qui pétrifie les corps de ceux qui sont touchés. Alors que le roi cherche un prétendant pour sa fille unique et héritière de la couronne, la mère Sorel, tisserande réputée pour la qualité exceptionnelle de sa soie, et sa jeune fille Jeannette vont se retrouver au cœur de complots ourdis par les nobles de la région pour accéder au pouvoir. Malgré elle, Jeannette devient l’objet de toutes les convoitises. Derrière les apparences d’un conte fantastique se déploie un récit bien plus trouble où les puissants sont prêts à toutes les avanies ‒ même les plus meurtrières ‒ afin d’assouvir leurs ambitions personnelles. Au fil des trois parties qui composent l’ouvrage, Pavel Bart offre de nombreux rebondissements : la narration déplace constamment le point de vue, faisant vaciller les certitudes du lecteur à mesure que le royaume sombre dans la peur et la violence. Les relations sentimentales occupent également une place centrale dans la construction de l’histoire. Passions contrariées, triangles amoureux et rapports de domination viennent nourrir la tension dramatique, rappelant ainsi le remarquable Peau d’homme d’Hubert et Zanzim. Les questions de désir, d’identité et de genre font discrètement écho à notre époque sans jamais paraître artificielles. Cette profusion narrative trouve un écho remarquable dans le dessin. Les planches de Belle de soie font penser aux gravures médiévales ; les couleurs, aux teintes légèrement délavées, peuvent évoquer l’univers de Jérôme Bosch. Tout comme le trait, très vivant, qui confère une texture quasi organique à l’ensemble : les étoffes semblent palpables, les visages se déforment sous l’effet de la maladie, les décors fourmillent de détails. La grâce du dessin offre ainsi un contraste saisissant avec la noirceur de l’histoire. C’est là que réside la grande réussite de Pavel Bart : parvenir à faire cohabiter la délicatesse et l’odieux, le merveilleux et l’effroi sans jamais perdre le lecteur. Une première œuvre dense et prenante qui ne nous laisse désormais qu’avec une seule attente : voir Pavel Bart remettre l’ouvrage sur le métier.

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