Littérature française

Lætitia Colombani

Un cri plein d’espoir

Entretien par Céline Dereims

(Librairie Les yeux qui pétillent, Valenciennes)

Elle avait émerveillé les lecteurs, la presse et les libraires avec La Tresse. Laëtitia Colombani revient avec un nouveau roman de femmes pour dénoncer les situations dont elles sont encore victimes aujourd’hui à travers le monde. Un roman profond et lumineux où la sororité est peut-être la clé.

Le point de départ de votre roman est la grève des Islandaises de 2023 où plus de 100 000 personnes se sont réunies. Pourquoi avoir choisi cet événement ?

Laëtitia Colombani Pour construire ce roman en forme d’utopie, je voulais m’appuyer sur des faits réels : cette grève historique des Islandaises a été suivie par neuf femmes sur dix et a changé l’Histoire du pays. Depuis, l’Islande est considérée comme un exemple en matière d’égalité. Si les Islandaises l’ont fait, à une époque où il n’y avait ni Internet, ni réseaux sociaux, ni téléphone portable, j’avais envie d’imaginer un mouvement similaire aujourd’hui. Je trouve l’initiative des Islandaises magnifique et inspirante : par ce mouvement de grève, elles ont trouvé le moyen de transformer durablement leur société, d’une manière pacifiste. C’est admirable.

 

On constate actuellement de nombreux reculs sur les droits des femmes dans le monde. Qu’en pensez-vous ?

L. C. Partout sur la planète, les droits des femmes sont menacés – lorsqu’ils existent ! Aucun de ces droits (le droit de vote, le droit à l’avortement…) ne leur a été accordé facilement : tous ont été obtenus de haute lutte, après un combat souvent long et acharné. À l’heure actuelle, une femme sur deux dans le monde vit dans un pays qui possède des lois discriminatoires. Il est urgent que cela change ! Il ne peut y avoir de justice tant qu’il n’y a pas d’égalité.

 

Quel impact peut avoir sur leurs droits une grève des femmes ?

L. C. En Islande, la grève de 1975 a été suivie d’effets majeurs : dès l’année suivante, une loi sur l’égalité des salaires a été votée. Et cinq ans plus tard, pour la première fois dans le monde, une femme a été élue démocratiquement à la tête d’un État (Vigdis Finnbogadottir, présidente de l’Islande durant seize ans). Elle a déclaré par la suite qu’elle n’aurait pas été élue sans ce jour historique. Je suis convaincue qu’un mouvement semblable permettrait une vraie prise de conscience et accélérerait l’accession des femmes à des postes de pouvoir, qui favoriseraient les lois sur l’égalité. « Le monde est gouverné par des hommes – et regardez dans quel état il est », disait l’une des organisatrices de la grève islandaise en 1975. Ses propos sont toujours d’actualité. Si le pouvoir était mieux partagé entre les hommes et les femmes, le monde serait plus pacifiste et beaucoup moins violent, j’en suis persuadée.

 

Quatre femmes, quatre pays, quatre cultures. Quel que soit l’endroit du monde, l’égalité homme-femme reste-t-il un sujet ?

L. C. Comme dans La Tresse, j’ai choisi des héroïnes très éloignées les unes des autres, à la fois sur le plan géographique et sur le plan culturel, familial ou social. Katla vit en Islande, Michiko au Japon, Ana Maria au Salvador et Hawa au Sénégal. Elles n’ont rien en commun mais toutes subissent des inégalités, des injustices et des violences, parce qu’elles sont des femmes. À l’heure actuelle, les femmes ne sont en sécurité nulle part, pas même en Islande, pays le plus égalitaire du monde, où un meurtre sur trois est un féminicide ! La véritable égalité n’existe nulle part. C’est un combat essentiel à mener, à la fois sur le plan politique, légal, social, économique et culturel.

 

Votre roman montre aussi le rôle que les hommes peuvent jouer dans ces luttes. Quelle place pour eux dans ce combat ?

L. C. Il y a toujours des hommes bienveillants dans mes romans, des hommes qui respectent les femmes et ont envie de se battre à leurs côtés. C’est le cas du personnage de Tomoki au Japon, de Gustav en Islande, de Kwamé au Sénégal ou d’Enrique au Salvador. Je ne crois pas à la guerre des femmes contre les hommes mais au contraire à leur collaboration, à leur alliance, pour une société plus juste et un monde meilleur. Nous avons tous à y gagner. J’aime citer le docteur Denis Mukwege qui se bat chaque jour en tant que médecin pour réparer les femmes victimes de viols au Congo : « Je rêve d’une société où les femmes grandissent sans craindre les violences. Je souhaite un monde où les femmes ont les mêmes opportunités professionnelles, les mêmes joies et les mêmes sources de satisfaction que les hommes, où le pouvoir politique est partagé à égalité. Je crois fermement que tout ce que j’ai énoncé est désirable et possible ».

 

Vous écrivez : « S'il arrive un jour que les femmes s'unissent pour le bien et l'intérêt de tous, elles constitueront une force sans équivalent dans le monde ». Votre roman est-il plus qu’une fiction, un manifeste ?

L. C. La phrase n’est pas de moi mais d’Helvi Sipila, cette diplomate finlandaise sous-secrétaire générale de l’ONU en 1975. Les femmes représentent aujourd’hui quatre milliards d’individus dans le monde : une puissance gigantesque ! Elles ont une force immense, mais elles l’ignorent. Le jour où elles en prendront conscience, individuellement et collectivement, le monde changera. Je crois que ce roman est le plus engagé, le plus militant de tous mes livres. J’ai voulu pousser un cri pour exprimer ma colère, une colère sans haine et pleine d’espoir.

 

 

Quatre femmes. Quatre pays. Quatre injustices. Quatre combats. À l’heure où les droits des femmes semblent fragilisés dans certains pays, l’auteure nous dresse l’état des lieux des injustices et violences dont les femmes sont encore victimes. Très documenté, particulièrement précis et sensible, ce roman s’appuie sur un fait historique et social de grande ampleur : la grève des femmes islandaises de 1975. On découvre alors la vie et le parcours de Katla au Japon, d’Aya au Sénégal, d’Ana Maria au Salvador et de Michiko au Japon. À travers elles, ce sont les femmes du monde entier qui luttent pour avoir une juste place aux côtés des hommes.

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