Littérature française

Anaïs Llobet

Ceux qui nous frappent

SH

✒ Stéphanie Hanet

(Librairie Coiffard, Nantes)

Quand on referme ce roman, on est essoufflé et une phrase lue peut-être trop rapidement dans le prologue nous revient : « aucun homme ne mérite qu’on s’arrête de danser ».

En l’espace de quelques lignes, on quitte un appartement secoué par le battement sourd de la musique pour nous retrouver dans la salle 403 du tribunal correctionnel de Rennes. C’est aux côtés de l’assesseur que l’on prend connaissance de ce qui va se jouer ici durant trois jours. Un dénommé Charles Levain comparaît pour harcèlement moral sur conjoint ayant mené la victime au suicide. Elle s’appelait Sara, elle s’est jetée et noyée dans la Vilaine. Durant trois jours qui structurent le roman, nous allons embarquer à bord de ce procès qu’Anaïs Llobet compare à un navire qui va prendre le large pour traverser tempêtes et accalmies mais qui finira inexorablement par accoster malgré une traversée qui s’annonce houleuse. Charles Levain est-il un manipulateur ? A-t-il volontairement coupé Sara de tous ses proches et de la boxe, sport qu’elle pratiquait en professionnelle et qui rythmait strictement sa vie ? Une affaire de « suicide forcé », c’est rare, le juge présidant l’audience le sait. Depuis 2020, la loi a introduit l’infraction de « harcèlement par conjoint ou ex-conjoint ayant conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider ». C’est désormais un délit passible de dix ans de prison et de 150 000€ d’amende. Durant trois jours, une histoire se dessine. Nous écoutons le prévenu, les avocates de la défense et des parties civiles, les témoins et, à bord de ce navire judiciaire, des marins prennent de l’importance, qu’ils soient journaliste, fille d’huissier ou groupe de soutien. Le navire file et il nous est impossible de retourner à quai, nous sommes happés par l’histoire et la difficulté de se faire une opinion quand les coups ne laissent pas de traces, quand il n’y a pas d’arme du crime, quand un vers grignote la poupe du bateau mais que chaque matelot est rivé à son poste et ne perçoit pas le drame se profiler.

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