Pouvez-vous nous présenter Bennie ?
Michaël Dichter Il naît dans les années 1960, dans une famille juive orthodoxe modeste du ghetto juif d'Anvers. C'est un endroit où tout se mêle : famille, religion et travail. Tout le monde se connaît depuis plusieurs générations et on vit les uns avec les autres. Il habite au-dessus de la retoucherie familiale avec son père Moshé, le shamash, celui qui s'occupe de l'entretien de la synagogue du quartier, sa mère Rivka, couturière, mais aussi ses oncles et tantes, dans une ambiance chaleureuse.
Assez jeune, Bennie comprend que son père, pieux, humble et modeste, est différent des hommes qui fréquentent la synagogue. Que ressent-il par rapport à cette situation ?
M. D. Bennie aide son père à la synagogue où il voit chaque matin arriver des hommes bien habillés, avec de beaux bijoux, de belles voitures, qui ont leurs propres codes et leur façon de parler. Ce sont des hommes qui « comptent ». Bennie sent très tôt que son père n'est pas leur égal. Dans cette communauté, être un mensch, un homme sur qui on peut compter, est important. Pour Bennie, être un mensch, c'est être puissant comme ces diamantaires. Sa conception de la dignité et de la fierté se joue là : il veut être quelqu'un qui réussit.
Mais un événement dramatique va changer le cours de son histoire.
M. D. À l'époque, à Anvers, il n'y avait qu'une école juive où l'on apprenait le Talmud, celle où allaient les enfants des diamantaires. Bennie déteste les injustices et il va en subir une à l'école : il sera collé. En salle d'étude, sous une pile de livres de Torah, il trouve un livre sur les diamants. Ce livre est la première fissure de ce monde religieux qu'il commence à rejeter. Il le subtilise et le lit chez lui en cachette. À 11 ans, il vit un drame fondateur : la perte de sa mère, son pilier, la seule personne qui comprenait le feu qui brûlait en lui. Ce décès amène des questions et les seules réponses qu'on lui apporte sont religieuses, notamment une phrase de la Torah : « Le Saint-Béni-Soit-Il ne met pas ses créatures à l'épreuve au-delà de leurs capacités ». Il se demande si son père sera capable de surmonter cette épreuve. Cela ne le satisfait pas et alimente son désir de partir de chez lui.
Quelle va être la suite de son parcours ?
M. D. Lorsque Bennie avait 3 ans, Moshé, avant de rompre définitivement avec ce milieu et parce que c'était une tradition, a voulu tailler un ultime diamant pour Bennie. Mais la pierre a éclaté et un fragment s'est enfoncé sous l'œil de Bennie, dans la joue, d'où l’on n’a jamais pu l'extraire. Son destin est donc lié à la bourse du diamant d'Anvers dont la devanture est ornée de cette phrase, « Diamonds are forever ». Un milieu codifié, opaque, où l’on ne peut entrer que si l'on vient d'une famille de diamantaires. Tout s'y joue sur la loyauté, des diamants s'échangent de main en main, représentant des milliers de dollars voire plus. Moshé a interdit à Bennie d'y aller alors que son grand-père, Yéhuda Wiesel, est l'un des diamantaires les plus puissants d'Anvers. Mais ce dernier a rejeté son fils Moshé bien avant la naissance de Bennie. Il va pourtant y entrer grâce à l'aide de l'autre fils de Yehuda, Isaac, le fils préféré, le digne héritier. Bennie va devoir changer de nom pour se faire sa place ; c'est à ce moment-là qu'il devient Bennie Diamond. Il entre dans ce milieu par la petite porte, il trie des diamants bruts dans des entrepôts. Il se révèle talentueux pour trouver les bonnes pierres. On va alors le mettre à la taille où son talent est, là aussi, incontestable. Il finit par apporter son premier diamant à un client de la bourse. Et là, son destin va se jouer.
Dans le roman, il y a un personnage capital : Ève. Qui est-elle ?
M. D. C'est la fille de Steinmer, l'un des dix autres grands diamantaires d'Anvers. Autour d'Ève gravitent des enjeux économiques colossaux. Elle est promise à Isaac Wiesel pour unir les deux familles et faire de cette union une entité puissante face à un monde du diamant en plein bouleversement avec l'arrivée des Indiens, des Russes, des Libanais. Bennie l'avait croisée enfant, en était tombé amoureux, l'avait perdue de vue et la retrouve lorsqu'il entre à la bourse, comme si leurs destins étaient liés. Nous n'en dirons pas plus !
Michaël Dichter nous raconte l'histoire passionnante de Bennie Goodman, enfant issu d'un milieu modeste juif d'Anvers dans les années 1960, fils d'un homme pieux et d'une mère couturière. Mais Bennie est talentueux et ambitieux. Il va quitter sa famille pour grimper les échelons et travailler à la bourse du diamant d'Anvers, devenir lui aussi un mensch, un homme qui compte. Son ascension est rapide et suscite des jalousies. Quand Ève, la fille d'un des plus riches diamantaires, croise sa route, son destin sera à jamais bouleversé. Un roman d'apprentissage très cinématographique dans ce monde du diamant où tout n'est pas si brillant, où loyauté et faux-semblants s'entremêlent dangereusement.