Chronique Voyage en Pologne de Alfred Döblin

LAURENCE HURARD, Librairie Lettre et merveilles, Pontoise

Alfred Döblin, écrivain majeur de langue allemande du xxe siècle, n’entreprend pas un voyage de détente. Son engagement social transforme ce Voyage en Pologne en un voyage politique et spirituel 
à la rencontre de la communauté juive.

Médecin, écrivain, dramaturge et journaliste, cet écrivain observe le monde de l’entre-deux-guerres avec acuité. Sensible aux pogroms dont sont victimes les juifs à Berlin, Alfred Döblin entreprend de visiter la Pologne en train où vit une communauté de trois millions de personnes. Durant deux mois à la fin de l’année 1924, il sillonne les villes principales de ce pays longtemps opprimé. Varsovie d’abord, capitale de ce pays enfin indépendant depuis 1918. Comment les traces de l’occupation russe et allemande commencent-elles à disparaître ? Une immense cathédrale construite par le tsar lui apparaît comme un vaisseau monstrueux en cours de destruction. Il s’aperçoit vite à ses dépens que la langue allemande est honnie et rencontre des difficultés pour communiquer. Mais la modernité de la ville si vivante tranche avec le quartier juif qu’il aborde comme une terra incognita. En effet, si lui-même est juif, Alfred Döblin a vécu dans une famille peu versée dans les traditions. Toutefois, il connaît l’antisémitisme. En tant que soignant, il est frappé par la saleté qui règne dans les rues aux façades délabrées. La pauvreté règne en maître dans les cours des immeubles où la tuberculose sévit. Il campe sur le vif des portraits d’hommes, rabbins ou commerçants très actifs. « C’est un peuple, un peuple d’exilés » que la Pologne accueille depuis le XIIIe siècle observe l’auteur, dont les digressions historiques permettent de connaître l’histoire de cette communauté avant sa disparition. Au quotidien, l’enseignement en yiddish aux garçons et aux filles lui semble un enfermement. À la veille du Grand Pardon, Alfred Döblin se mêle à la foule « houleuse » et écoute les mélopées des prières au cimetière. À Vilnius et à Lublin comme à Cracovie, la communauté paraît mieux intégrée à la population, plus européanisée. Cette image de cohabitation contraste à ses yeux avec le mouvement du retour en Palestine des juifs sionistes. Mais cette même année, Hitler a effectué son premier putsch, avorté certes, mais la marche vers le pouvoir est en marche.

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