Chronique Les Gratitudes de Delphine de Vigan

Caroline Herbeck Librairie Maison du livre (Rodez)

Delphine de Vigan poursuit son exploration des sentiments. Après Les Loyautés (JC Lattès), elle nous rappelle la signification du mot gratitude (savoir dire merci, rendre grâce), à travers un roman à trois voix, celles de Michka, Marie et Jérôme.

Michka doit quitter son domicile. Elle perd tout : l’autonomie, l’équilibre et les mots. Elle n’a plus d’autre choix que d’aller vivre dans un Ehpad. Dans cette épreuve, elle va être soutenue par sa voisine, Marie, dont elle s’est occupée lorsqu’elle était enfant. C’est tout naturellement que Marie a répondu à la détresse de sa vieille amie, en l’accompagnant pour son installation. Michka rencontre ensuite Jérôme, l’orthophoniste de la maison de retraite, un soignant bienveillant qui lui rend visite une fois par semaine pour tenter d’enrayer l’aphasie. Les visites de Marie et de Jérôme nous permettent de découvrir peu à peu le passé de Michka, une femme émancipée, indépendante, correctrice dans un journal, mais aussi son caractère espiègle et facétieux (elle cache une bouteille de whisky dans son placard). Malgré son âge, elle garde une grande vivacité d’esprit étonnante et déroutante aux yeux de Jérôme et Marie. Avant de disparaître complètement et que les mots n’aient plus aucun sens, elle souhaite leur confier une mission : remercier le couple qui, sous l’Occupation, lui a sauvé la vie. Car ces quelques années passées chez eux lui ont laissé des souvenirs impérissables. Cette requête est le dernier souhait de Michka, c’est une obsession mais surtout une diversion pour oublier le quotidien dans cette maison de retraite qui déclenche chez elle des cauchemars. L’Ehpad y est décrit comme une très grosse entreprise où la rentabilité du patient est primordiale, et où la directrice vous fait passer des entretiens d’évaluation pour conserver votre place. Une véritable terreur pour Michka qui a toujours été une femme libre. Delphine de Vigan nous ramène à la solitude des personnes âgées, aux difficultés face au changement et à cette fin de vie inéluctable. L’auteure évoque la vieillesse par le prisme du langage et de ses troubles. Grâce aux lapsus de Michka, Delphine de Vigan insuffle de la lumière et de l’humour à ce récit a priori dramatique. Ses mots et ses expressions inventées (« merdi », « pas si tant ») restent en mémoire après avoir refermé le livre. Son écriture, tout en délicatesse, ne frôle jamais la sensiblerie. Elle nous livre un roman empreint d’humanité, en nous décrivant les liens qui unissent les trois personnages : l’affection, la compassion et évidemment la gratitude.

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